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La Seine-Saint-Denis plaide elle aussi pour les alliances éducatives

Mercredi 23 septembre, l’AFEV, association luttant contre les inégalités éducatives, organisait sa 8e journée contre l’échec scolaire à Paris. Une table ronde à laquelle était aussi convié le Département de la Seine-Saint-Denis, pour sa capacité à fédérer les différents acteurs de l’éducation.

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« Les alliances éducatives ». Voilà le thème sur lequel s’étaient proposé de plancher les différents intervenants au colloque organisé par l’AFEV, à l’occasion de la 8e journée du refus de l’échec scolaire. Les alliances éducatives, c’est-à-dire ? Ce terme recouvre en fait tous les partenariats éducatifs établis entre l’école et les différents acteurs qui gravitent autour : parents d’élèves, associations, collectivités territoriales et même entreprises. En bref, on demande souvent à l’école de résoudre tous les maux de la société, mais il faudrait peut-être inverser le postulat et demander à la société d’aider l’école.

Ce constat, l’AFEV l’a notamment refait après les attentats de janvier 2015, à l’issue desquels le monde de l’éducation avait une nouvelle fois été montré du doigt. « C’est une idée qu’on avait déjà avant les attentats de janvier 2015, mais qui s’est exacerbée ensuite : il est facile de reprocher constamment à l’école qu’elle échoue dans ses missions éducatives, mais il faut aussi dire que seule, elle ne peut pas tout faire », expliquait mercredi la directrice déléguée de l’AFEV, Eunice Mangado-Lunetta. Avant d’en tirer cette conclusion : « la lutte contre les inégalités, l’éducation à la citoyenneté ne peuvent fonctionner que s’il y a des alliances avec d’autres partenaires ».

Mercredi 23 septembre, dans le 8e arrondissement de Paris, différents acteurs scolaires et extra-scolaires ont donc été invités à donner leur point de vue pour renforcer ces alliances souvent déjà existantes. Parmi eux, le Département de la Seine-Saint-Denis, qui, comme le soulignait son président Stéphane Troussel, a justement « fait du concept de la co-éducation sa marque de fabrique ».
« Parce que passer la porte d’un théâtre, pouvoir partir en voyage, c’est parfois moins facile en Seine-Saint-Denis que dans d’autres territoires, nous avons décidé depuis plusieurs années, en partenariat avec l’Education nationale, de mettre à disposition des collèges des parcours culturels, des résidences d’artistes, bref des outils d’accompagnement pédagogiques », a expliqué Stéphane Troussel aux côtés de Jean-Jacques Goron, représentant de la Fondation BNP Paribas avec laquelle le Département a par exemple mis en place « Odyssée jeunes ». Depuis 2009, date de sa création, ce dispositif a permis à 38000 collégiens de Seine-Saint-Denis de partir en voyage scolaire.

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Sur la question de l’éducation à la citoyenneté aussi, la Seine-Saint-Denis a été citée en exemple pour sa rapidité de réaction à l’issue des événements de janvier 2015. En février dernier, le Département avait en effet lancé l’initiative « Nous sommes la République », réunissant avant l’heure une réserve citoyenne de personnalités qui s’étaient rendues dans les collèges pour orchestrer des débats autour de la laïcité, du droit à la caricature et de la liberté d’expression.

« Le but était d’aller au-delà des réactions spontanées suscitées par les attentats dans les collèges, réactions dont se sont parfois contentés certains médias sans aller voir ce qu’il y avait derrière », a renchéri Stéphane Troussel. A partir de février, des personnalités comme le journaliste Thomas Legrand, l’actrice-réalisatrice Ariane Ascaride ou l’ancien ministre Pierre Joxe étaient ainsi intervenues dans les collèges pour faire naître ici un journal des collèges, là un carnet de dessins de presse.
Pour autant, une étude menée par l’AFEV à l’échelle de la France montre que du chemin reste encore à faire : si deux tiers des collégiens déclarent s’être sentis en colère contre les terroristes, 17 % ont par ailleurs été indifférents et 13 % en colère contre les caricaturistes. Ce qui faisait tirer le constat suivant à Eunice Mangado-Lunetta : « Si on veut faire un travail sur la citoyenneté qui soit effectif, il faut y adjoindre l’action d’acteurs extra-scolaires. N’opposons pas, adjoignons les forces. Il faut notamment renforcer les espaces d’échange d’idées informels. Car il ne s’y joue pas la même chose qu’en classe. »

Christophe Lehousse

L’AFEV en Seine-Saint-Denis : aider les élèves en décrochage scolaire
Créée en 1991, l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) vise notamment à faire intervenir des étudiants auprès d’élèves en difficulté ou en voie de décrochage scolaire. En Seine-Saint-Denis, son implantation remonte à 1995 et l’association, soutenue par le Département, possède entre temps 3 antennes dans les universités de Paris-8, Paris-13 et à l’IUT de Bobigny. « Les deux axes majeurs sur lesquels on travaille sont de proposer des terrains d’engagement à la jeunesse et de lutter contre les inégalités éducatives », détaille le délégué territorial 93 de l’AFEV, Gabriel Levassor. Chaque année, 10 à 20 volontaires en service civique se rendent ainsi en collège pour y proposer des projets comme des cafés philo ou des court-métrages. Et environ une centaine d’étudiants bénévoles se déplacent à domicile pour y aider, à raison de 2 heures par semaine, un collégien. « C’est notamment utile dans le cas de familles qui sont assez éloignées de la culture scolaire, comme c’est parfois le cas en Seine-Saint-Denis, explique Gabriel Levassor. Dans ce cas, un étudiant, donc a priori quelqu’un en réussite scolaire, peut avoir un rôle de médiation entre le jeune et ses parents et débloquer ainsi des situations d’incompréhension ».

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