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La Grande Guerre revue par une artiste

Du 9 octobre 2014 au 9 juin 2015, l’exposition « 14-18 Echos, versos et graphies de batailles » sur la Première Guerre mondiale réalisée par l’artiste Catherine Poncin, donne à voir des photos et des cartes postales retravaillées, conservées aux Archives départementales à Bobigny.

Un jeune garçon se trouve, hagard, au milieu d’un hangar dont il ne reste que la charpente. Une jeune fille en habit de communiante voisine avec un cheval mort. En choisissant de fusionner deux corpus conservés aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis – quelque 200 cartes postales écrites par des soldats blessés ou leurs proches d’un côté, environ 40 photos de dommages de guerre de l’autre - l’artiste Catherine Poncin a voulu montrer toute l’horreur de ce qui, à l’époque, était censée être « la Der des Ders ».

« J’ai souhaité mélanger le lieu du front et l’arrière, explique-t-elle. Les cartes postales, quand on les regarde, ne montrent que des paysages en paix quand leur verso dit toute la souffrance, l’attente des populations. J’ai donc voulu rappeler que le front et l’arrière étaient unis dans une même douleur ».

Cette esthétique du fragment, Catherine Poncin l’a aussi appliquée au verso des cartes postales. Elle en a déconstruit le contenu, mélangé les différentes expressions, parvenant ainsi à des « cadavres exquis » dont elle a tiré des affiches qui rappellent les convocations de guerre de l’époque.

Tout ce travail, qui a reçu le label de la Mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale, a débouché sur onze œuvres originales en noir et blanc, dont l’une des spécificités est notamment d’avoir croisé l’art et les archives.

« Nous souhaitions absolument nous mobiliser à l’occasion des 100 ans du conflit », résume Guillaume Nahon, le directeur des Archives départementales de Bobigny. « Mais l’une des difficultés était notamment qu’à l’époque de la Grande Guerre, le Département n’existait pas en tant que tel, c’était l’ancien département de la Seine. Et puis nous avions la volonté de ne pas nous en tenir à un discours historique classique, d’où l’idée de cette exposition croisant archives et vision artistique ».

De quoi mettre aussi en valeur un patrimoine trop souvent méconnu : certaines cartes postales sont ainsi saisissantes, comme cet attroupement d’une paroisse dans une église dont la toiture est complètement déchiquetée. « Il s’agit en fait de l’église du Blanc-Mesnil, bombardée par la Grosse Bertha. Les paroissiens avaient décidé à l’époque de faire une carte postale pour lancer une souscription afin de refaire la charpente », précise Guillaume Nahon.

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Le tout est rehaussé par un habillage sonore, signé Jean-Louis Dhermy, qui donne à entendre des voix d’habitants de Seine-Saint-Denis ayant composé leurs propres textes à partir de certaines formules contenues sur les cartes postales. Sur la même bande-son, qui peut s’écouter en audioguide pendant l’exposition, certains habitants de Montreuil, d’Aubervilliers, de Saint-Denis ou des Lilas se prêtent aussi à un jeu d’associations d’idées.

« On leur a présenté deux post-it, l’un portant le chiffre 14, l’autre le chiffre 18 en leur demandant ce que ça leur évoquait », explique Catherine Poncin. « Certains nous ont parlé du conflit, d’autres de tout autre chose : pour certains, 18, c’était l’âge de l’indépendance, de la liberté, pour d’autres encore, c’étaient des souvenirs intimes ».

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L’aspect pédagogique n’a pas non plus été délaissé puisque les Archives sont ouvertes aux collèges qui souhaiteraient visiter l’exposition. Pour l’occasion, la visite peut même être prolongée par deux ateliers spécifiques, l’un intitulé « Morts pour la France », l’autre « Entre les lignes », portant sur la correspondance de guerre. « Le premier consiste à faire réfléchir les élèves sur ce conflit armé, à les mettre en empathie avec le sujet. Dans le deuxième, ils réaliseront des cartes postales en se mettant dans la peau d’un soldat blessé, d’un proche ou d’une marraine de guerre. Cela oblige notamment les élèves à posséder un certain champ lexical », explique Sébastien Colombo, médiateur du patrimoine aux Archives départementales.

À cet égard, « 14-18 Echos, versos et graphies de batailles » constitue ainsi une bonne porte d’entrée dans ce conflit mondial, qui tua 9 millions de personnes et en blessa 20 millions d’autres.

Christophe Lehousse

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À noter également qu’une table ronde se tiendra le 12 décembre aux Archives départementales autour du thème : « Une tout autre histoire ? Photographes et artistes contemporains face aux archives » Animée par Michel Poivert, professeur en histoire de l’art à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle accueillera trois artistes contemporains Catherine Poncin, Arno Gisinger et Christian Gattinoni.

Horaires pour voir l’exposition aux Archives départementales :
Du lundi au vendredi, de 10h à 17h.

Savoir plus : archives.seine-saint-denis.fr

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