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L’écrivain Bernard Chambaz, 12e homme du Red Star

À l’invitation du Conseil général, l’écrivain Bernard Chambaz est en résidence dans deux clubs emblématiques de la Seine-Saint-Denis : le Red Star FC et le club de football américain du Flash de La Courneuve. Reportage à l’occasion d’un atelier d’écriture qu’il organisait dans le club à l’étoile rouge de Saint-Ouen.

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Ils sont sept, comme le mercredi lorsqu’ils rencontrent leurs adversaires en championnat régional des U13, la catégorie d’âge des joueurs entre 12 et 13 ans. Mais cette fois, ces jeunes du Red Star font équipe pour autre chose. Le plaisir du mot juste prend le relais du beau geste, les stylos remplacent les crampons, les bonnes idées sont autant de passes décisives.

Eymen, Matthias, Aaron ou encore Allan se sont attelés à un « Dictionnaire amoureux du football » sous la direction de l’écrivain Bernard Chambaz. Pour toute la saison 2014-2015, cet amoureux du sport est en résidence d’artistes, à l’invitation du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, au Red Star ainsi qu’au Flash de La Courneuve (voir interview). Durant les vacances de la Toussaint, il a organisé avec les éducateurs du Red Star un atelier d’écriture où il essaie de transmettre aux enfants « une approche plus sensible du sport et de la langue ».

Après une première journée passée à choisir les différentes entrées du dictionnaire – 52 comme le nombre de semaines dans l’année - la petite troupe se lance.
« Ailier », « Babyfoot », « Corner », les définitions défilent. Après un petit round d’observation, les muscles commencent à être chauds, les idées plus ajustées. Cela dit, « Capitaine » les fait un peu trébucher. Eymen, qui joue au Red Star depuis l’âge de 6 ans, propose un « joueur qui porte le brassard ». Mamadou, lui-même capitaine, renchérit : « et qui ramène ses partenaires vers l’avant ». Entraîneur d’un jour, Bernard Chambaz replace ses troupes : « il faudrait un verbe plus dynamique ». L’équipe marque le pas, ne trouve pas l’ouverture, se contente de faire circuler le ballon. Finalement, Vincent Planté, le gardien de l’équipe première, qui s’est attardé dans la salle après le traditionnel déjeuner du mardi avec ses équipiers, débloque la situation. Il glisse malicieusement : « qui motive ses partenaires ». « Trop bien », venant de l’actuel capitaine des Vert et Blanc, actuellement 4e du classement de National, ça vaut forcément imprimatur.

Remobilisés par l’intervention du gardien professionnel, les jeunes repartent de plus belle. « Coiffure(s) » est de loin l’entrée qui les inspire le plus. « Monsieur, là, faut parler de Pogba », lance Aaron. La coiffure en iroquois de l’actuel milieu de l’équipe de France n’est forcément pas passée inaperçue pour ces amoureux du beau jeu. A ce compte, Moussa veut aussi qu’on mentionne Neymar, autre modèle capillaire. Au final, on opte pour un inventaire à la Prévert : « elles sont variées : crêtes, touffes, dégradés, teintures, boules de cristal... »

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Pour « défaite », les langues sont, curieusement, moins déliées. Bernard Chambaz joue les accoucheurs d’idées : « d’accord, après une défaite, vous êtes tristes, mais une fois qu’on a dit ça... Vous pensez pas à mieux faire la prochaine fois ? » « Si, on veut encore plus gagner la prochaine fois » « Ben voilà, très bonne définition, je prends », note le greffier en chef.

« Discipline » est un autre mot coriace de ce dictionnaire amoureux. Un mot qui, justement, donne envie d’être un peu dissipé, d’aller jouer dehors, même s’il pleut, surtout s’il pleut. « Allez, on se concentre encore un peu », demande Bernard Chambaz, qui, en plus d’être écrivain, a aussi été professeur d’histoire pendant 42 ans. « L’entraîneur, il vous donne quoi ? » « Du temps de jeu, Monsieur ! » « Oui, ça d’accord, mais à part ça ? » « Des consignes ». Banco, cela donnera donc au final : « respect des règles, des consignes et de soi-même ».

Arrivés à « glacière », Bernard Chambaz siffle la fin de la partie de ping-pong verbal. Assez travaillé pour aujourd’hui, il faut aussi se laisser de l’énergie pour le reste de la semaine. Une joyeuse « Ola » et un beau « une-deux » attendent encore les jeunes techniciens du verbe. D’un commun accord, ils ont décidé que leur dictionnaire s’achèverait par une entrée « Zéro-zéro ». Une chose est sûre : leurs efforts pour s’amuser avec les mots ne seront pas nuls.

Christophe Lehousse

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Bernard Chambaz
« Depuis quelques années, le sport devient un objet littéraire »

Il se dit fasciné par les gardiens de but, adepte des clubs populaires, ou encore admirateur des Mousquetaires en tennis. Avec Bernard Chambaz, auteur de « Plonger », sur la vie du gardien allemand Robert Enke, ou encore de « Dernières nouvelles du martin-pêcheur », une traversée intime des Etats-Unis à vélo, le sport n’est jamais très loin, caché derrière les mots ou au contraire sublimé par eux. Interview.

Pourquoi avoir choisi le Red Star et le Flash comme clubs pour votre résidence ?

« Le Red Star pour le football parce que c’est ma passion première, le sport auquel j’ai joué enfant. Et puis le Flash de La Courneuve parce que je suis passionné par les Etats-Unis et que j’étais aussi intrigué qu’on joue au football américain dans l’ancienne banlieue communiste. Je m’imprègne donc de ce que je vois dans ces deux clubs et je synthétiserai cela dans un article qui sortira dans la revue trimestrielle « Desports » qui vise à faire du sport un objet littéraire. »

Et par ailleurs, vous animez donc ces ateliers d’écriture. Que souhaitez-vous transmettre aux enfants ?

« Le goût des mots et aussi un peu le souci du mot juste. En fait, développer une approche plus sensible du sport et de la langue. Parfois on y arrive, et parfois pas... »

Vous êtes allé voir plusieurs matches du Red Star. Que retenez-vous jusqu’à présent de ce club à la fois historique et populaire ?

« La première chose, c’est sa détermination à monter en Ligue 2. Joueurs et entraîneurs ont vraiment à cœur d’atteindre cet objectif pour offrir à leurs spectateurs mais aussi pour s’offrir à eux-mêmes le plaisir d’évoluer à l’échelon supérieur. Et puis, il y a la volonté de la direction d’aller en L2 pour pouvoir créer un centre de formation sur l’ensemble du département, voire de la région. Je trouve que ce serait effectivement une très bonne chose. »

En cas de montée en Ligue 2 se poserait la question du stade. Certains préconisent la construction d’un nouveau stade, d’autres veulent à tout prix rester à Bauer. Vous, avez-vous un avis là-dessus ?

« Je comprends les deux points de vue. Par nature, je suis plutôt du côté de la tradition, je trouve qu’un stade dans la ville, c’est beau. J’ai grandi à Paris et pour moi le stade de Paris, c’est le Parc des Princes, pas le Stade de France. Mais même si l’option d’un nouveau stade était retenue, il y aurait dans un premier temps une mise aux normes de Bauer donc cela laisse encore une certaine période de transition aux puristes. »

Il y a quelques années, le collectif de supporters Red Star Bauer a exhumé la mémoire de Rino Della Negra, footballeur résistant fusillé par les nazis en 1944. Ca aussi, c’est une des spécificités de ce club...

« Oui, bien sûr. Ca me touche d’autant plus que j’avais moi-même évoqué la figure de Della Negra dans un roman il y a quelques années. J’ai d’ailleurs découvert récemment que Rino Della Negra avait fait beaucoup moins d’apparitions en équipe première que ce que je pensais. Mais c’est beau de voir que certains supporters se réclament ainsi de valeurs antifascistes. »

En France, le monde littéraire a tendance à mépriser l’univers du sport. Pourtant, chez vous, écriture et sport paraissent très liés...

« Je dirais plutôt que le monde littéraire a eu tendance à verser dans ce mépris. Depuis quelques années, on perçoit une forme d’engouement sur le rapport entre sport et littérature. Toujours est-il que j’ai toujours fait du sport et qu’il y a toujours eu du sport dans mes livres. Ecrire et faire du sport sont deux activités qui me calment, qui m’aident à trouver mon équilibre. Je peux même établir des correspondances entre les deux activités : j’ai commencé par écrire des recueils de poèmes, et j’assimilerais ça à du sprint. Pour écrire des romans, il faut de l’endurance, c’est davantage un effort de marathonien. »

Le sport, c’est aussi un retour à l’enfance ?

« Oui, c’est l’enfance qui se perpétue. L’adulte qu’on est redevient enfant. Mais en même temps, le sport exprime aussi la part adulte chez un enfant. C’est un engagement entier du corps et de l’esprit, une passion totalement déraisonnable, et ce à tous les âges. Par rapport au foot ou au cyclisme, j’ai la même passion maintenant à 65 ans que celle que j’avais à 6 ans. »

Y a-t-il selon vous des sports qui se prêtent plus à la narration que d’autres ?

« Non, je ne pense pas. Tout se prête à la narration, mais il est vrai que certains sports ont davantage drainé les écrivains : la boxe, sans doute parce que les premiers écrivains à avoir assumé le rapport sport et littérature, ce sont les Anglo-Saxons et puis le cyclisme avec les Tours de France et d’Italie qui sont autant de grandes traversées. Le foot aussi a gagné ses galons, avec des écrits comme ceux de David Peace qui sont des chefs-d’oeuvre. Cela dit, pour moi, on peut tout aussi bien écrire l’épopée du curling. Il peut y avoir du banal comme de l’épique dans tous les sports. »

Propos recueillis par CL

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Résidence d’écrivains en Seine-Saint-Denis
Bernard Chambaz intervient au Red Star FC et au Flash de la Courneuve dans le cadre d’une résidence d’écrivains financée par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis. Son objectif : vivre au plus près l’actualité de ces deux clubs durant toute la saison, en rencontrer les acteurs, rappeler leur histoire. Riche de ces observations, l’écrivain rendra ensuite compte de son expérience dans la revue trimestrielle Desports. Mais Bernard Chambaz livre déjà tous les mercredis une chronique sur l’actualité du Red Star, qui peut être lue sur le site du club : http://www.redstar.fr/

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