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« L’école ne peut pas réussir seule »

À 38 ans, Pascal Fourestier, principal du collège Jean-Jaurès de Pantin, est partant pour tout. Son collège foisonne de projets. Rencontre avec un responsable à l’enthousiasme communicatif.

« Quand je suis arrivé en septembre 2010, je ne connaissais pas la Seine-Saint-Denis. Je n’avais jamais travaillé dans l’éducation prioritaire et cela faisait des années que je n’avais pas mis les pieds dans un collège.
Jean-Jaurès n’avait pas une très bonne réputation, le quartier des Courtillières non plus. Et tout le monde voulait voir le nouveau principal. J’aime bien les rencontres, j’aime bien les gens. Je crois en cette idée force que l’école ne peut pas réussir seule. Il m’a semblé tout de suite fondamental de travailler dans une perspective territoriale. On ne peut pas réussir si on se coupe du territoire. J’ai beaucoup à apprendre des autres, de ceux qui ont l’expérience des quartiers, de ceux qui y interviennent, de ceux qui y enseignent. C’est comme cela que j’ai rencontré des gens qui m’ont parlé de leurs projets. Des associations, les services de la Ville de Pantin et ceux du Conseil général voulaient travailler avec nous. Les équipes ont adhéré à cette démarche, les professeurs ont vu qu’elle marchait notamment auprès des élèves. Nos collégiens peuvent être difficiles mais aussi capables de nous montrer de belles qualités dans les temps de projets. Nous avons ainsi construit une espèce de dynamique. Le succès entraine le succès
 »

BIO EXPRESS

1998 à 2004 : Professeur de lettres modernes
2004 à 2005 : Faisant fonction de principal-adjoint
à Nanteuil-lès-Meaux
2005 à 2010 : Proviseur-adjoint à Meaux et Coulommiers
2010 : Principal au collège Jean-Jaurès de Pantin

« Là où je suis vraiment heureux c’est que la totalité des enseignants est impliquée dans un projet. Les professeurs de mon collège sont motivés, dynamiques, bienveillants, volontaires, cordiaux et se pensent aujourd’hui en communauté éducative avec tous les personnels de l’établissement. Nous sommes un véritable équipage de navire. »

Clés en mains

« Une part importante des projets menés ici est un peu « clés en main » ; proposés par exemple par le Conseil général dans le cadre des CAC (Culture et Art au Collège), Osez l’Ourcq, Odyssée Jeunes. Je dis « clés en main » car ce sont des parcours livrés en intégralité avec les documents pédagogiques. D’autres projets sont construits lors de temps d’échanges avec les partenaires et les équipes. Mettre en place un projet est extrêmement chronophage. Il y a beaucoup d’appréhension à se lancer parfois dans des démarches
qu’on n’a pas l’habitude de faire. Un enseignant n’est pas formé à aller chercher des partenaires et à monter un dossier de subvention. C’est au chef d’établissement de l’accompagner dans la construction du projet.
Quand les enseignants l’ont fait une fois, ils sont de plus en plus autonomes. C’est comme pour les élèves, il faut leur dire que c’est possible. Ils ont des fiches-action
à remplir et un bilan à me rendre. La formalisation est importante.
 »

Partenariats

«  Ce que j’aime dans mon collège ? Nécessairement mes élèves. On ne peut pas travailler dans l’éducation si on n’est pas bienveillant envers les élèves et attaché à les faire progresser. Ce qui ne signifie pas qu’on leur passe tout, que tout est acceptable. Nous avons des jeunes à accompagner dans leur formation et je crois qu’on le fait mieux si on apprécie de le faire.

Ce que je n’aime pas dans mon métier ? Lutter contre la société elle-même. Elle invite de plus en plus aux loisirs, à la détente, et fait croire à la réussite facile et rapide via les médias.
On est dans l’idée « j’ai droit à », « je n’ai pas à le mériter ». Cela vaut pour les biens de consommation et pour le reste. « Je n’ai pas travaillé, je n’ai pas les compétences, mes résultats sont extrêmement faibles mais je veux le passage en seconde. » Ce n’est pas possible de réussir avec cet état d’esprit. Moi, je leur dis qu’ils ont le même cerveau qu’ailleurs. Nous avons des élèves qui sont intelligents. Nous en avons même qui sont brillants
et qui sont capables d’aller le plus loin possible. On n’est plus dans l’autocensure aujourd’hui. Nos élèves s’autorisent à penser, à rêver…

Les 3e ont fait des stages au Monde, chez Unilever, chez Alcatel-Lucent, chez BNPParibas…
Encore un partenariat avec le Conseil général qui avait pensé à nous pour lancer une expérimentation avec l’association « Un stage et après » afin de permettre aux élèves de connaître le monde de l’entreprise, d’accéder aux grandes entreprises et de faire de beaux
stages. On a gagné une certaine idée de l’ambition. Le taux de passage en seconde générale dépasse les 61 % depuis trois ans dans notre établissement et 29,5 % en seconde pro. Pour le brevet à la rentrée 2011 on avait 84 % de réussite.
L’année dernière il était autour de 65 % mais avec beaucoup plus de mentions : 2 mentions très bien, 12 mentions bien, 10 mentions assez bien. Il ne m’importe pas qu’un élève de 4e passe en 3e ; ce qui m’intéresse, ce sont les citoyens, les adultes que nos élèves vont devenir.
Vont-ils être à l’aise dans leur vie, est-ce qu’à 25 ans ils seront là où ils avaient envie d’être ? Et cela suppose qu’ils se soient vraiment donné les moyens et que nous devons les accompagner au mieux dans leur formation.
 »

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