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Juke-box littéraire : Pivot and co ont leur relève

Dans le cadre du Festival Hors-Limites, des élèves de deux collèges de Montreuil ont préparé une émission littéraire de A à Z, soumettant, vendredi 3 avril 2015, les auteures Hélène Vignal et Anne-Laure Bondoux au feu de leurs questions. Rencontres autour de livres et réparties savoureuses garanties.

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Bernard Pivot avait l’habitude de conclure ses émissions littéraires par la question « Si un jour vous rencontrez Dieu, qu’aimeriez-vous qu’il vous dise ? » Les élèves des collèges Marais de Villiers et Jean-Jaurès à Montreuil ont eu au moins autant d’inspiration dans les questions auxquelles ils ont soumis les auteures Anne-Laure Bondoux et Hélène Vignal.

« Considérez-vous que vous écrivez de la littérature engagée ? » « Ecrivez-vous à la main ou sur ordinateur ? » « Trouver un titre, c’est dur ? », ont-ils demandé le 3 avril aux deux auteures invitées à la bibliothèque Robert-Desnos de Montreuil dans le cadre du festival Hors-Limites, soutenu par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Le tout devant les caméras du Juke-box ados, un concept créé par le Salon de la littérature jeunesse en Seine-Saint-Denis qui fait découvrir aux spectateurs un auteur et son univers.

Une rencontre joviale, animée, haute en couleurs, bref du vrai travail de pro. Car les classes de 3e sélectionnées se sont non seulement chargées de la présentation des deux auteures et de la rédaction des questions, mais aussi de toute la réalisation de l’émission, en partenariat avec l’association audiovisuelle de Montreuil CinéVie. Un boulot aux petits oignons qui leur aura demandé plusieurs séances, l’une en compagnie de la journaliste de France Culture Aline Pailler, d’autres avec un ingénieur-son et chef opérateur de CinéVie.

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Le tout débouchait sur un résultat impeccable le jour J. Les uns étaient ainsi au clap de début ou au cadrage tandis que d’autres jouaient les modérateurs. Fayza présentait les deux derniers livres d’Anne-Laure Bondoux , « Tant que nous sommes vivants » et « Le temps des miracles ». Liva faisait de même pour Hélène Vignal, auteure de « Plan B pour l’été » et du recueil de nouvelles « Casseurs de solitudes ».

Emma démarrait ensuite sur les chapeaux de roues avec « Pourquoi avoir choisi d’écrire de la littérature ados ? ». Réponse des principales intéressées, qui tombaient d’accord sur ce point : « Nous n’avons pas véritablement choisi. Ce que nous aimons, c’est nous adresser à des lecteurs à partir de l’adolescence, mais sans nous adresser exclusivement à eux. Chacun peut percevoir dans nos livres ce qu’il souhaite, selon son vécu ».
Marie, de Marais de Villiers, montrait ensuite que la curiosité est un beau défaut en s’enquérant des lectures d’ados des deux auteures. Zola, Flaubert, Colette et Pearl Buck pour Hélène Vignal. Stendhal, Camus, Saint-Exupéry et encore Zola – décidément – pour Anne-Laure Bondoux.

C’est d’ailleurs à ce « bon vieil Emile » que l’auteure de « Tant que nous sommes vivants », fresque sociale sur fond d’apocalypse, attribuait son goût pour le drame et les catastrophes. « C’est paradoxal, parce que dans la vie, je suis plutôt une personne joviale. Mais dans mes livres, il faut toujours que mes personnages en passent par les pires catastrophes. C’est sans doute l’empreinte de Germinal... »

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Hélène Vignal, elle, insistait particulièrement sur la notion de solidarité et de rencontre. « Quand on vous fait croire qu’on se fait tout seul, c’est un mensonge. Ca ne marche pas comme ça, la vie. On évolue tous au contact des autres. » Et l’auteure de « Casseurs de solitudes » d’invoquer l’exemple d’Edmond Kaiser. Dans les années 70, le fondateur de « Terre des hommes », association humanitaire en faveur des enfants victimes d’exploitation, répond à une lettre d’une ado de 14 ans qui prend la plume pour lui faire part de ses réflexions sur le monde. Cette ado, c’est Hélène Vignal. « Cette correspondance a beaucoup compté pour moi, mais je ne l’ai compris que plus tard. »

De ce moment de vérité, on passait ensuite à un autre, ô combien crucial : « Les livres proposés à l’école, vous les avez lus ? » voulaient savoir les intervieweurs en herbe. Même si elles se décrivaient comme des lectrices voraces, les deux invitées acceptaient elles aussi de dévoiler leur talon d’Achille. Pour Anne-Laure Bondoux, il s’appelait « Le Père Goriot » : « j’ai bloqué sur les 50 premières pages et n’ai jamais pu aller au-delà ». Hélène Vignal confessait quant à elle « avoir beaucoup souffert sur Marcel Pagnol. Il fallait faire une fiche qui m’a gâché la lecture ».

Mais pour le reste, les deux femmes de lettres encourageaient les ados présents à lire, lire et encore lire. « Je réponds toujours la même chose aux gens qui me disent qu’ils n’aiment pas lire : je leur dis, c’est juste que vous n’avez pas encore trouvé LE livre, celui qui vous fera changer d’avis. », assurait Hélène Vignal.
Pour Anthony, c’était déjà chose faite : « c’est la première fois que je suis aussi fasciné par un livre », avouait le jeune homme en parlant du « Temps des miracles », d’Anne-Laure Bondoux. « Cette rencontre m’a aussi montré que même si c’est agréable, on ne peut pas se satisfaire de la lecture de romans SF et fantastique. J’ai envie d’élargir un peu ma palette », confiait-il.

Fayza se félicitait quant à elle du bon déroulement de l’émission. « Ca s’est bien passé. Malgré le stress, on a su gérer tout ça, aller à la rencontre des ces deux auteures. C’est marrant parce qu’avant même de les voir aujourd’hui, j’avais l’impression de les connaître à travers leurs livres ». Sans doute un des plus beaux compliments qu’on puisse faire à un écrivain.

Christophe Lehousse

N.B : L’émission Juke box ados, sera consultable en ligne sur le site de la bibliothèque de Montreuil et sera également diffusée le 29 mai dans le cadre de la soirée Ados organisée cette année par la bibliothèque Robert-Desnos autour du thème du graffiti.
Le festival Hors-Limites dure lui jusqu’au 11 avril.

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Hélène Vignal, la solidarité chevillée au cœur

S’il y a bien une chose à laquelle elle ne croit pas, c’est au mythe de l’écrivain dans sa tour d’ivoire. A 46 ans, cette auteure née à Paris a déjà amassé une certaine expérience : elle a été animatrice jeunesse à Clichy-sous-Bois, a travaillé en librairie, ou encore sur la politique de la ville en préfecture et s’occupe désormais des lycées au sein de la région Poitou-Charentes, où elle vit. Un parcours de vie dont elle dit qu’il a notamment fourni la matière de ses livres. Dans son recueil de nouvelles « Casseurs de solitudes » paru en 2014, Hélène Vignal aborde des thèmes durs comme le rejet de l’homosexualité, l’excision. Avec cette conviction en porte-étendard : « On peut parfois être extrêmement seul, mais l’existence offre aussi des gens qui vous tendent la main. Parfois aussi, on peut être à soi-même son propre sauveur. »

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Anne-Laure Bondoux, se perdre pour mieux se trouver

Elle le reconnaît elle-même : dans ses livres, il lui faut du drame. Peut-être un lointain héritage de ses lectures adolescentes – les Rougon-Macquart, ça vous marque - peut-être parce qu’on ne se révèle jamais aussi bien que dans des situations-limites. Voilà pourquoi chez l’auteure de « Tant que nous sommes vivants » ou encore du « Temps des miracles », nombreux sont les personnages qui perdent quelque chose, un objet ou même un être proche. « La perte, c’est cruel, mais parfois, ça permet aussi d’avancer. Pour progresser, il faut se délester de certaines choses ». Depuis 15 ans, cette auteur de 44 ans explore donc les thématiques de la famille ou encore du voyage. « J’ai commencé à écrire en direction des adolescents parce que j’ai longtemps été journaliste chez Bayard Presse et j’ai eu envie de redécouvrir cet univers jeunesse d’une autre manière. Mais une fois que je commence une histoire, je l’écris pour tout le monde, aussi pour les adultes ». Son dernier roman est d’ailleurs étiqueté « littérature générale » : « Et je danse, aussi », un roman épistolaire, co-écrit avec Jean-Claude Mourlevat.

CL

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