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Jean-Luc François, tisseur de lien social

Le 14 juin 2016, la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin et le Département de la Seine-Saint-Denis ont signé une Charte en faveur de l’emploi à Pantin. A cette occasion, reportage chez le créateur Jean-Luc François, à l’origine de cette Charte. Formé aux côtés de celui qu’il appelle toujours « Monsieur Saint-Laurent », il fut, dans ses anciennes vies, styliste et créateur de mode, VRP du savoir-faire français en Chine, puis autour du monde, avant de poser ses valises à Pantin, « par amour ».

En plus d’être un grand sentimental, « JLF » est un visionnaire et un architecte de son domaine de prédilection : la mode. Son but ? Créer un écosystème dans l’écosystème ! Et pour cela, il avance avec détermination et méthode les pions sur son plan de bataille.

Round n°1 : l’école de formation. Le créateur ouvre en 2012 une structure de formation professionnelle pour remettre à niveau des bénéficiaires du RSA ou allocataires de Pôle emploi, dans les métiers de retoucheur, mécanicien modèle ou opérateur de finitions. « Les petites mains disparaissent, et leur métier avec. Combien de fois n’ai-je vu des créateurs qui, pour boucler un défilé, rappelaient des femmes de 70 ans en les payant à prix d’or ? Dans le 93, nombreuses sont les femmes qui cousent-pour les mariages les baptêmes etc- sans que cela soit valorisé professionnellement », explique « JLF ». Grâce au précieux carnet d’adresse qu’il s’est constitué, il place ensuite quelques un d’entre eux directement dans de grandes maisons, ou dans des agences d’intérim de luxe.

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Round n°2 : l’incubateur textile. « Toute ma vie, j’ai vu de jeunes créateurs qui voulaient lancer leur marque. Mais cela retombe souvent comme un soufflet, car l’appareil productif n’est pas adapté au démarrage de tels projets. Les façonniers sont obligés de faire de grandes quantités pour s’en sortir. Les jeunes créateurs manquent de techniciens, de machines, d’accompagnement », analyse le spécialiste de l’économie textile. Il a donc créé une « école régionale du projet » en textile. Dans des locaux flambant neufs, au Pré-Saint-Gervais, elle accueille, par période de six mois, quatre jeunes créateurs au chômage ou au RSA, et leur propose un accompagnement : coaching, communication, conseillers, pour lancer leur première « collection capsule ». Ils travaillent de concert avec les « petites mains », qui les aident à réaliser leurs modèles. Eux mêmes sont souvent, en même temps, façonniers. La structure de JLF répond ainsi aux demande des maisons qui lui réclament des « pièces d’exception » ou en très petite quantité. Ouverte depuis janvier, une dizaine de créateurs se sont adressés à son incubateur.

Round n°3 : la SCOP JLF. A l’issue des six mois d’incubation de sa première promotion, il aimerait créer une société coopérative de production (SCOP) labellisée JLF, qui permettrait à tous de créer leur propre collection tout en mutualisant certaines dépenses, histoire d’avoir les reins plus solides pour se développer. Dès aujourd’hui, il les encourage à partager un photographe, un studio pour le « showroom » où sont exposées leurs créations.

Lié aux professionnels- il est membre de la fédération française du prêt à porter féminin- autant qu’aux collectivités, Jean-Luc François est une des chevilles ouvrières de l’installation des écoles de mode sur le département, qu’il sillonne en long et en largeur pour faire la promotion de son association et trouver des candidats à qui il remet le pied à l’étrier professionnel. Dès l’année prochaine, les façonniers de l’incubateur devraient travailler avec les élèves de 4ème année de l’école Esmod, qui s’implante à Pantin.


La Fédération Française du Prêt à Porter Féminin et le Département de la Seine-Saint-Denis signent une Charte en faveur de l’emploi.

Le Département de Seine Saint-Denis et la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin se mobilisent pour l’emploi et formalisent leur engagement au moyen de la signature d’une Charte qui vise à :

Favoriser l’accès à l’emploi, par des actions spécifiques et l’insertion des publics éloignés de l’emploi, telles Chantier École, Préparations Opérationnelles à l’Emploi Collectives (Formation à des métiers sur lesquels les entreprises ont du mal à recruter), formation pour les allocataires du RSA et l’accompagnement des personnes dans la mise en œuvre de leur projet.

Certaines sont déjà développées par l’Association Jean-Luc François, très présente sur le territoire, en lien étroit avec le département de Seine-Saint Denis, la ville de Pantin et la Fédération.

Améliorer l’accès et la reconnaissance des qualifications, avec l’évolution des formations existantes ou encore un travail approfondi de sensibilisation aux métiers du secteur, auprès des collégiens, de porteurs de projet ou de personnes en recherche d’emploi.

Participer au développement solidaire des territoires de Seine Saint-Denis en soutenant des actions de déploiement du secteur de la mode : appuyer le développement de la filière, favoriser le potentiel d’emploi sur le territoire et encourager les liens avec les structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE).

L’ensemble de ces actions s’appuiera sur le travail accompli sur place depuis de nombreuses années par l’Association Jean-Luc François qui est à l’origine de cette Charte.

La signature de la Charte a donc eu lieu le mardi 14 Juin 2016 à l’Association et atelier Jean-Luc François, située 47 rue des Pommiers 93500 Pantin. Cette signature s’est faite en présence de grandes maisons de la haute couture et d’anciens allocataires du RSA, qui ont bénéficié de ce dispositif d’insertion et travaillent maintenant pour ces grandes maisons.

Le Département de la Seine Saint-Denis dispose de nombreux atouts et les plus grands noms de l’économie française et internationale y côtoient un réseau dense de PME/PMI où le secteur du prêt-à-porter est représenté. Le Département offre encore d’importantes disponibilités foncières et immobilières et une position stratégique comme porte d’entrée internationale de la métropole francilienne. Un contexte favorable pour aider et dynamiser l’emploi.

La Fédération Française du Prêt à Porter Féminin est le partenaire business des entreprises françaises de mode. Son objectif est d’accompagner les marques dans leur développement aussi bien dans l’Hexagone qu’à l’international. La Fédération a pour rôle d’anticiper les nouveaux enjeux auxquels les entreprises seront confrontées, d’être présente au quotidien pour répondre à leurs interrogations, et de travailler à leur stratégie de croissance.

Savoir plus :www.pretaporter.com

A lire aussi : Des métiers de la mode pour s’insérer avec les ateliers de Jean-Luc François

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