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Jacques Audiard monte les marches du nouveau Méliès à Montreuil

Récompensé par la Palme d’Or au dernier festival de Cannes pour « Dheepan », le réalisateur Jacques Audiard est venu présenter son film au nouveau cinéma Le Méliès à Montreuil, vendredi 4 septembre 2015, devant une salle conquise.

Barbet Schroeder, Xavier Giannoli, Jean-Pierre Améris : porté par l’euphorie de ses six salles flambant neuves, ouvertes le 19 août dernier, le cinéma Le Méliès n’arrête pas de faire défiler les invités prestigieux. Vendredi, il accueillait Jacques Audiard, récompensé par la Palme d’Or au dernier festival de Cannes pour « Dheepan ». Un film tourné en langue tamoule, racontant la fuite de trois Sri-Lankais pris dans un terrible conflit et leur arrivée en France, dans une cité livrée aux mains de dealers. Une oeuvre tournant, comme toujours chez Audiard, autour de la violence, de la famille et d’une impossible aspiration à la quiétude. A l’issue de la projection devant une salle comble de 320 places, le réalisateur d’ « Un Prophète » et de « Sur mes lèvres » s’est prêté au jeu des questions-réponses pendant une bonne heure. Morceaux choisis.

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@crédit photo Sylvain Hitau

Pourquoi avoir choisi le Sri Lanka pour nous parler d’immigration ?

« En fait, le Sri Lanka n’est pas l’élément de départ, c’est un ingrédient qui vient tardivement dans l’élaboration du scénario. Ce qui préexiste à ce film, c’est plutôt une idée un peu absurde, juste après le tournage d’ « Un prophète », de faire un remake des « Chiens de paille », de Sam Peckinpah. Mais en même temps, je voulais que mon film parte de plus loin, qu’il prenne sa source à l’étranger et si possible dans un monde qui n’a rien à voir avec l’univers et la langue française. C’est alors que mon co-scénariste, Noé Debré, s’est mis à me parler du Sri Lanka et du conflit des Tigres tamouls. Il s’avère que c’est une guerre qui est presque passée totalement inaperçue chez nous, et là ça a commencé à m’intéresser. »

Et tourner en langue tamoule, ça a dû être un défi non ?

« Oui bien sûr. Mais au-delà de la barrière de la langue, c’est même le désir originel du film. Son projet, on pourrait le formuler ainsi : « Qu’est-ce que ça serait d’abandonner la langue pour diriger des acteurs ? » J’ai trouvé ça très intéressant d’être plus dans le corporel, dans la diction. D’habitude, je suis impatient, je ne fais pas beaucoup de prises et là, ça m’a forcé à tourner beaucoup plus parce que j’avais l’impression que les acteurs se livraient petit à petit. »

Pourquoi cette attirance de départ pour le film de Peckinpah ?

« Eh bien une nouvelle fois l’attrait pour le film de genre. A chaque fois, je me promets que je vais arrêter avec le film de genre, mais le naturel revient au galop. « Les Chiens de paille », c’est un film qui met en scène un redresseur de torts, un vengeur, ce que les Américains appellent un « vigilante ». Je voulais garder ça, mais aussi y introduire un élément complètement antithétique, comme une histoire d’amour. C’était pour moi la meilleure façon de parasiter le genre. »

Vous n’avez cessé de répéter que ce film était très particulier pour vous. C’est parce qu’il vous vaut la Palme d’or ou c’est pour une autre raison ?

« Oui, évidemment parce qu’il m’a valu la Palme d’or, mais pas que… C’est un film très étrange pour moi. Alors que mon dernier film, « De rouille et d’os » était un film très écrit, avec un ordre scénaristique très serré, là, je voulais un scénario sous-écrit pour donner au film les chances de se développer sur le tournage. Et je n’ai pas été déçu ! J’étais sur le set avec des acteurs tamouls, pour certains non-professionnels, qui ne parlaient pas le français et avec un canevas très peu développé. Pour la première fois, je peux vraiment dire que j’ai travaillé avec des acteurs que je ne comprenais pas, mais c’est aussi je crois ce qui donne sa richesse au film. »

Parlez-nous un peu de votre acteur principal. Comme son personnage, c’est quelqu’un qui a combattu aux côtés des Tigres tamouls…

« Oui, sauf que je ne le savais pas du tout au moment de le choisir. Antonythasan – mais moi je l’appelle plutôt Shoba, de son nom d’écrivain - quand je le vois pour la première fois, il y a tout de suite quelque chose qui me charme chez lui. Je me suis dit qu’il avait la présence nécessaire pour le rôle. Mais ce n’est qu’ensuite, sur le tournage, qu’un jour il me dit : « tu sais ce scénario, c’est ma vie, ce personnage, c’est moi ». Deux jours plus tard, un peu pour me le prouver, il me tend un bouquin qu’il a écrit qui s’appelle « Gorilla », qui est un récit autobiographique. Shoba s’est en effet enrôlé chez les Tigres tamouls, c’était un enfant-soldat. Mais encore une fois, ça, je ne le savais pas du tout au moment du casting. »

Votre film donne l’impression d’être construit sur plusieurs strates, plusieurs changements de ton. Est-ce voulu ?

« Oui tout à fait. Comme il y a peu de rebondissements en soi, je voulais un film qui change de genre au fur et à mesure qu’il avance. Une œuvre qui passe du drame au film apaisé, voire un peu sentimental puis à nouveau au film de « vigilante ». Un peu comme Dheepan qui trace des « no fire zones » devant sa loge de gardien d’immeuble, je voulais demander au spectateur : « vous m’avez suivi jusque-là, est-ce que vous êtes prêts à me suivre au-delà ? »

Un des éléments déconcertants, c’est qu’il y a finalement assez peu de différence entre le conflit sri-lankais du début et la banlieue qui nous est montrée comme une zone de guerre. N’y a-t-il pas là un problème de réalisme ?

« Mais ça, je le revendique. A aucun moment, je n’ai voulu faire un documentaire. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de faire du cinéma. Et pour moi, le cinéma , c’est magnifier la réalité, la condenser. Par exemple, « Un prophète » parle de la prison, mais savez-vous que pour les besoins du film, on a dû construire un décor ? On n’a pas tourné dans une prison réelle parce que sinon, le résultat aurait selon moi été décevant. Le cinéma, ça sert à trouver des formes au réel. Moi, faire du ciné dans un trois-pièces-cuisine-salle de bains, ça ne m’intéresse pas. C’est aussi pour cela que dans mon histoire, il n’y a pas de flics. Parce que l’uniforme de flic, c’est un truc d’une laideur ! Ils devraient se révolter rien que pour ça, dans la police, moi je pense… Évidemment je blague, quoique… »

Dans vos films, il y a souvent des images un peu extatiques, qui viennent interrompre le fil de la narration. Là, c’est une image d’éléphant, caché dans le feuillage. Pourquoi l’avoir mise ?

« Dans un film, quand vous travaillez sur son écriture, vous passez parfois à une conception musicale de l’œuvre, à quelque chose qui n’est pas de l’ordre de la rationalité pure. C’est plus de l’ordre de la scansion. Et c’est à ça que ça sert : à créer un point de rupture, à sortir le spectateur de son confort. En plus, du point de vue du sens, l’éléphant, ça renvoie à la fois à Ganesh, le dieu-éléphant et à la force tranquille du personnage principal. »

Une fois de plus, on a l’impression que votre film, comme vos précédents, traite d’une montée de la violence, subie mais aussi exercée. Pourquoi ? Est-ce parce que c’est un ressort narratif particulièrement puissant ?

« Je suis toujours troublé, gêné quand je dois filmer la violence, mais en même temps, je sais que je ne peux pas en faire l’économie. Je me suis interrogé pourquoi, et je crois que j’ai des bouts de réponse... Je pense que là encore, ça correspond à un désir de stylisation. Ce qui m’intéresse dans la violence, c’est qu’elle va donner des informations sur mon héros. Elle me sert souvent à montrer en quoi mon personnage a changé au fil de la narration, comment il accède à un statut d’invulnérable, de héros. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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Ce qu’ils disent de leur nouveau cinéma 

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Claire Germain, habitante de Montreuil
« Je le trouve sympa, accueillant. Ce qui est vraiment intéressant, c’est d’avoir six salles, une cafétéria avec terrasse. C’est spacieux et agréable. Et puis, il n’y a pas de popcorn, et ça je m’en félicite, c’était un peu ma crainte. C’était ma deuxième séance ici. Avant "Dheepan", on avait vu "While we’re young". Le film d’Audiard m’a nettement plus plu. »

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Carlos Parada, habitant de Vincennes
« Ce nouveau cinéma, c’est une super bonne idée. Avec ces tarifs-là, c’est un lieu de culture ouvert à tous. La programmation, comme déjà dans l’ancien cinéma de Croix de Chavaux, paraît assez variée. Je trouve aussi très positif le fait qu’il y ait des rétrospectives, comme celle sur William Friedkin, et pas que des films à l’affiche. J’espère que c’est parti pour durer. »

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Lucas Laurent et Clara Lemaire-Anspach, habitants de Bagnolet et Montreuil
« C’est un très beau lieu, assez moderne, très convivial. Les salles sont confortables, il y a de l’espace, il y a même une bibliothèque sur le cinéma. Le café n’a pas encore ouvert, on a hâte. La programmation a l’air bien aussi, il y en a pour tous les goûts. Moi, j’aime bien les films d’action, d’arts martiaux, et j’espère aussi être servi. Et le tarif réduit pour les moins de 26 ans est à 4 euros, ce qui est super ! »

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