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Interview de Marie-Monique Robin, en amont de la COP21

Habitante de Pierrefitte, la journaliste Marie-Monique Robin bat le rappel pour le Sommet de l’ONU sur le climat, fin 2015 au Bourget. Dans son dernier documentaire, elle alerte à son tour sur l’état de la planète.

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Il faut cultiver notre jardin. Pas de doute, Marie-Monique Robin a fait sienne la citation de Voltaire, au propre comme au figuré. Pendant que son potager dort tranquillement dans l’hiver pierrefittois, la journaliste Prix Albert Londres 1995 sillonne la France avec son documentaire « Sacrée croissance » pour convaincre les citoyens de l’urgence à changer leur mode de vie.

Dans votre documentaire « Sacrée croissance », vous alertez sur la dégradation de notre planète. Qu’est-ce qui pourrait la sauver ?

« Dans la transition écologique qu’il faut amorcer, il y a selon moi trois piliers à mettre en œuvre. D’abord, l’alimentation : il est impératif de développer l’agriculture urbaine, parce que multiplier les jardins partagés est beaucoup moins coûteux qu’un système agroindustriel complètement dépendant du pétrole. Ensuite, l’énergie : il faut absolument abandonner les énergies fossiles, responsables d’un réchauffement climatique qui s’annonce dramatique. Enfin, la monnaie : avoir des monnaies locales en parallèle de la devise nationale renforce le développement des territoires. »

Vous prêchez par l’exemple en montrant de par le monde des « héros locaux ». Y en a-t-il aussi en Seine-Saint-Denis ?

« Oui, bien sûr. Il y a énormément de gens ici qui ont de bonnes idées et de l’énergie à revendre. Je pense par exemple à Valérie Chafik, une assistante maternelle d’Epinay qui a lancé un jardin en permaculture pour familiariser les tout-petits avec le jardinage. Mais pour le moment, les initiatives restent parcellaires en France. Rien de comparable avec l’île de Samso, au Danemark, dont les habitants ont tous investi dans des éoliennes qu’ils exploitent en coopérative. Idem pour les monnaies locales : il en existe une quarantaine en France, comme la Pêche à Montreuil, mais elles ne sont pas encore assez développées. »

La Seine-Saint-Denis accueille à la fin de l’année la COP21, le sommet de l’ONU sur le climat. Y serez-vous ?

« J’y serai, d’une manière ou d’une autre. Je sais que l’exposition que j’ai conçue autour de 10 portraits de femmes impliquées dans la transition écologique y sera, donc je ne devrais pas être loin. Ce qui est sûr, c’est que je vais passer mon année sur les routes pour convaincre les gens de se mobiliser pour ce sommet. »

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A votre avis, la communauté internationale parviendra-t-elle enfin à un accord pour limiter la hausse des températures à 2 degrés d’ici 2100 ?

« Pour les deux degrés, je suis pessimiste. Je pense très sincèrement qu’on va les dépasser. L’enjeu maintenant, c’est de ne pas avoir un réchauffement climatique beaucoup plus important. Mais l’équation est simple : pour la première fois dans notre histoire, nous sommes devant la question des limites de notre planète. Or affronter cette question, c’est affronter celle du partage. Il est donc temps d’avoir un vrai courage politique pour assumer la situation et fixer une feuille de route à laquelle tout le monde se tiendra. »

Qu’est-ce qui vous a amenée personnellement à vous installer en Seine-Saint-Denis ?

« Je navigue entre deux territoires qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Initialement, moi, je suis une fille de paysans, des Deux-Sèvres. Et puis, je me suis établie à Saint-Denis en 1992 où j’ai vécu pendant 7 ans. Mais je voulais un jardin – on ne se refait pas – et je me suis donc installée à Pierrefitte. Ici, je suis bien, on se croit un peu en province. »

Quel rôle un département comme la Seine-Saint-Denis peut-il jouer dans la transition écologique ?

« Il faut qu’il poursuive dans la voie amorcée. Des initiatives citoyennes fleurissent un peu partout, et c’est bien de les soutenir. Par exemple, je me rends régulièrement dans les jardins partagés des Territoires de Saint-Denis, qui font en plus de l’insertion professionnelle. C’est un endroit génial, mais il y en a encore trop peu ! C’est bénéfique à plus d’un titre : c’est respectueux de l’environnement, c’est efficace contre la malbouffe, et ça rend les gens heureux ! Je l’ai vu partout dans le monde. »

Pourquoi est-il si difficile de parvenir à un accord international sur le climat ?

« Pour deux raisons essentiellement. D’abord parce que notre système global fonctionne à court terme. Entamer la transition écologique, c’est anticiper. C’est par exemple se préparer à remplacer les emplois liés au tout-carbone par d’autres liés à la société post-croissance. Et croyez-moi, ce sont des gisements d’emplois, mais ils ne vont pas surgir comme ça, il faut les stimuler. Ensuite, il faut bien admettre que cet accord n’est pas simple. On ne peut évidemment pas demander le même effort aux pays du Sud qu’à ceux au Nord, parce que 90 % des émissions dans l’atmosphère sont dues au Nord. Si la France doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 4 % par an, on ne peut évidemment pas en demander autant à un pays d’Afrique. Il en va d’une certaine forme de justice sociale. »

Si on ne réagit pas, qu’est-ce qui nous attend ?

« Au risque de paraître catastrophiste, l’effondrement, ni plus ni moins. Les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sont clairs là-dessus, et encore, leurs simulations sont à mon avis en-deçà de la réalité. Les conséquences du réchauffement climatique sont déjà visibles, partout dans le monde : sécheresse, inondations, tempêtes particulièrement violentes, fonte des glaciers, acidification des océans, tout cela est déjà en cours. Selon un expert du GIEC, la facture des dégâts économiques dus au changement climatique a déjà été multipliée par quatre depuis les années 80. »

N’y-t-il pas une bonne nouvelle dans tout ça ?

« Si, on connaît les solutions à mettre en œuvre. Et une quantité de gens formidables qui ont compris l’urgence de la situation se mobilisent déjà au quatre coins de la planète. Il faut s’inspirer de Toronto, qui a mis en place une politique d’aide aux fermes urbaines, en exploitant notamment le moindre espace sur les toits de la ville pour y installer des potagers. Ou encore de Traunstein en Allemagne, qui a lancé une monnaie locale pour éviter la spéculation et favoriser la consommation locale. Maintenant, c’est à nos dirigeants d’embrayer : j’aimerais vraiment que le gouvernement ne se lance pas dans une guerre des civilisations, mais plutôt dans une guerre contre le réchauffement climatique. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

COP21 : www.cop21.gouv.fr


A lire et à voir : « Sacrée croissance » (aux Editions de La Découverte en livre) (documentaire produit par Arte)

Exposition itinérante : « Sacrée croissance. Portraits de femmes d’avenir », au 6B de Saint Denis jusqu’au 13 février/ au Bourget durant la COP21

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