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Indispensables financements

Pour aider les actrices économiques du territoire, plusieurs associations aident au financement des projets de création d’entreprises. Exemple avec Garances et Initiative 93.

Si créer son entreprise en fait rêver plus d’un, nombreux seront les obstacles sur le chemin. En premier lieu, la trésorerie nécessaire à toute activité. Démarches administratives, banques à convaincre… Et quand on est une femme, il faut parfois redoubler d’énergie pour se faire entendre. Ainsi, moins d’un tiers des créatrices d’entreprise bénéficient de l’appui d’un réseau d’accompagnement dans leur parcours et à peine 35 % d’entre elles arrivent à mobiliser un emprunt bancaire au démarrage.

Pour aider les actrices économiques du territoire, le Conseil général, avec l’aide de ses partenaires, intervient notamment sur l’aide au financement de projets, via les plateformes de prêts d’honneur (Initiative 93, Réseau Entreprendre 93, Scientipôle…) mais aussi le Fonds de garantie départementale (Garances Seine-Saint-Denis active), ou bien le microcrédit (Adie)…

Créée en 2000, Initiative 93 est une association adhérente à Initiative France, premier réseau d’accompagnement et de financement de la création d’entreprises en France. « Nous accordons un prêt à taux zéro pour les entreprises qui s’installent sur le département et qui ont des besoins en trésorerie. Nous couvrons ce que les banques n’assurent pas », précise sa chargée de mission, Amandine Elucci. L’association n’intervient pas si le prêt bancaire n’est pas accordé. « Mais en général, les gens viennent nous voir avant la banque car nous avons une vision sur l’ensemble des dossiers. » Ici, un tiers des bénéficiaires (33%) - créatrices ou repreneuses - sont des femmes. « C’est vrai que les femmes sont moins nombreuses à être candidates, constate Amandine Elucci. Pourtant, leur côté souvent rigoureux fait qu’elles arrivent plus facilement à rassurer les banquiers. Les femmes sont davantage prudentes, elles travaillent plus longuement leur projet. »

Garances représente l’un des 40 fonds territoriaux de France. Pour l’entrepreneuriat des femmes, l’association dispose d’un fonds de garantie d’insertion spécifique. C’est ainsi qu’en 2014, six fonds de garantie ont été mis en place en direction des créatrices d’entreprise. « Il s’agit souvent de projets liés à la petite enfance, observe Hanane Miloudi, directrice de Garances, comme la création d’une micro-crèche, ou des commerces de proximité comme les roulottes alimentaires, mais aussi des activités liées à la coiffure… » Garances accompagne largement : l’association analyse le parcours de chacune, les difficultés qu’elles rencontrent… « Le plus gros problème pour ces femmes qui souhaitent s’installer reste la difficulté de concilier la vie professionnelle et la vie privée lorsqu’il y a des enfants. Lorsque l’on monte son entreprise, il faut être disponible. Se pose alors la question de la garde des enfants. »

L’association reconnaît volontiers que bien des barrières restent encore à franchir : un homme est entrepreneur par essence, une femme non. Les mentalités évoluent, certes, mais bien lentement. Reste encore la pression sociale, très forte, et la culpabilité qui demeure une notion bien féminine. « Il faut réfléchir à mettre en place des réseaux de solidarité pour les gardes d’enfant, avance Hanan Miloudi. Il y a aussi toutes ces mères qui élèvent seules leurs enfants, ce qui accentue les difficultés, notamment dans les grandes villes où la solidarité de proximité est très dure à mettre en place. »

Nadège Dubessay

« Il faut oser »

Françoise Farag est la présidente de Salvia Développement, entreprise basée à Aubervilliers, éditrice de logiciels de gestion pour les professionnels, leader sur le marché des bailleurs sociaux, des collectivités locales et des promoteurs immobiliers. Rencontre.

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Quels ont été vos débuts de parcours professionnels ?
Je suis linguiste de formation. J’ai été traductrice-interprète mais je me suis très vite ennuyée dans des traductions de domaines trop techniques. J’avais besoin d’autres responsabilités. J’ai été engagée comme assistante de direction dans une start-up, l’éditeur de logiciels de gestion Saari, rachetée par Sage, un groupe anglais. Ensuite, j’ai monté le service export dans lequel j’ai passé quinze ans, avant de m’occuper de l’intégration de l’activité bâtiment issue du rachat de Dynalog, alors que je ne connaissais rien aux thématiques de ces secteurs. Mais j’ai eu la chance d’avoir une équipe experte qui m’a épaulée dans mon apprentissage.

Quel a été le déclic pour devenir responsable d’entreprise ?
En 2012, j’ai été convoquée dans les bureaux de Sage où l’on m’explique les choses clairement : Sage se séparait de ses activités verticales et se désengageait de ses activités métier. J’ai décidé de rester. J’étais toujours chez Sage, mais il fallait trouver un investisseur qui allait nous aider à sortir du groupe. J’ai eu la chance de trouver un fonds d’investissement qui accompagne les PME dans leur croissance. En mai 2013, il a fallu trouver un nom. Ce sera Salvia. J’avais une équipe de grande qualité. Lorsque nous avons quitté le groupe, nous étions 73. Aujourd’hui, un an et demi plus tard, nous sommes 100. Travailler chez Sage m’a énormément appris. Je suis restée vingt-sept ans dans ce groupe, mais en changeant de métier plusieurs fois. Alors finalement, franchir le pas était quelque chose de naturel pour moi.

Pourquoi avez-vous alors quitté Paris et choisi de vous installer en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers ?
Lorsque je travaillais chez Sage, j’avais déjà noué des liens avec Plaine Commune. Il existe une vraie dynamique ici. J’ai rencontré des gens du Conseil général. Nous avons signé la charte Seine-Saint-Denis égalité, nous participons chaque année aux rencontres « Nos quartiers ont du talent » et nous privilégions l’embauche d’habitants du territoire.

Et être femme dans votre secteur, c’est un atout ou un handicap ?
Je ne sais pas, mais il faut oser. Et ce qui compte, c’est la compétence. J’ai 52 ans. Et je me dis parfois que j’aurais du franchir le cap plus tôt. Chez Sage, je travaillais déjà beaucoup. Aujourd’hui, je travaille pour moi. Nos clients sont fiers de travailler avec nous, j’ai reçu beaucoup de messages d’encouragement. Bien sûr, il m’arrive de recevoir des courriers au nom de « monsieur Farag », ou de répondre au téléphone à des personnes qui me prennent pour l’assistante du patron. Vous savez, mon père était éleveur de charolais, en Auvergne. Il voulait un fils. Alors il m’a élevée sans faire attention au fait que je sois une fille. Cela m’a servie car j’ai toujours été poussée, pour faire de longues études, par exemple. Je n’ai jamais été freinée. Il m’a donné le goût d’entreprendre. Lorsque j’ai pris les rennes de l’entreprise, il m’a dit : « c’est pas trop tôt ! » Aujourd’hui, l’activité pèse 18 millions d’euros alors que nous sommes partis de rien. Quand j’ai reçu la Légion d’honneur, Je crois que mes parents étaient très fiers de moi.

Est-ce qu’une femme dirige d’une façon différente ?
Je pense que nous faisons attention à certaines choses. Chez Salvia, il y a une cuisine à l’entrée des locaux, c’est un lieu très convivial. Je suis convaincue que ça, c’est très féminin. Le 8 mars, nous envoyons des fleurs à une « cliente d’exception » que nous choisissons. J’ai aussi supprimé les poubelles individuelles au pied des bureaux afin d’instaurer le tri sélectif. J’ai deux enfants de 10 et 14 ans. Je n’ai pas envie de leur léguer une planète polluée… On dit souvent – et à juste titre – qu’il est difficile pour une femme de concilier responsabilités professionnelles et vie privée…
J’ai la chance d’être très bien accompagnée ! Lorsque ça déborde, mes enfants m’envoient des signaux : « Maman, on ne te voit pas assez souvent ! » Mais je n’ai jamais ressenti de culpabilité, sans doute grâce à mon éducation. Je m’épanouis professionnellement, et cela rejaillit positivement sur mes enfants, ma famille.

Propos recueillis par Nadège Dubessay

Article associé  : Le 16 octobre 2014, les nouveaux locaux de Salvia Développement étaient inaugurés à Aubervilliers et une charte Seine-Saint-Denis Égalité était signée entre le Département et l’entreprise.

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