print
 

Il met en garde contre la spirale de la radicalisation

A l’invitation du collectif ACLeFeu, Mourad Benchellali, ancien détenu de Guantanamo, était lundi 27 avril 2015 à Clichy-sous-Bois pour exposer son parcours de vie. Son but : mettre en garde des jeunes d’aujourd’hui qui seraient déboussolés par rapport à toute forme d’embrigadement.

JPEG - 26.4 ko

« J’ai toujours pensé que raconter mon histoire pouvait aider certains jeunes. Peut-être qu’en m’écoutant, cela les dissuadera de prendre une mauvaise décision ». La voix de Mourad Benchellali est nette et posée quand il expose son parcours en ce lundi, dans la salle polyvalente du collège Louise-Michel de Clichy-sous-Bois. A l’invitation du collectif AC Le Feu, association qui entend porter les aspirations des habitants des quartiers populaires de Clichy-sous-Bois, cet homme de 33 ans déroule devant une assistance captivée son histoire, faite d’erreurs, de drames, et de rédemption.

Cette histoire, c’est d’abord celle d’un embrigadement par des milieux religieux, suivie d’une descente aux enfers qui le verra passer par les prisons de Guantanamo puis de Fleury-Mérogis. En juin 2001, alors âgé de 19 ans, Mourad Benchellali quitte son domicile de Vénissieux pour l’Afghanistan. Endoctriné par son plus grand frère, il se laisse convaincre d’aller rejoindre les talibans, auréolés dans son esprit du prestige de 10 ans de résistance contre les Soviétiques. « Une erreur évidemment, qui m’a coûté très cher », explique le jeune homme aux côtés de Mohamed Mechmache, le président du collectif AC Le Feu, qui est par ailleurs parrain de l’initiative "Nous sommes la République" lancée par le Conseil départemental.

A plusieurs reprises, Mourad Benchellali jure toutefois n’avoir « jamais eu d’idées criminelles » ni avoir eu l’intention d’aller se battre. « Il faut remettre les choses dans leur contexte. Nous étions avant le 11 septembre 2001, je n’avais jamais entendu le nom de Ben Laden et pour moi, il y avait en Afghanistan une grand part d’ombre qui m’incitait à aller y voir de plus près. Quand on est un gamin de 19 ans, c’est justement ça qui attire : l’aventure, le risque, la volonté de vivre la guerre de l’intérieur. »

Cette incroyable naïveté, le jeune homme de la banlieue lyonnaise va la payer très cher. Arrivé sur les lieux, Mourad tombe des nues : il atterrit dans un camp d’entraînement d’Al Qaida à Kandahar, souhaite rentrer, mais se voit formé au maniement des armes pendant 60 jours. « C’est ça que je veux surtout dire aux jeunes d’aujourd’hui qui sont tentés par un départ en Syrie : une fois là-bas, il est trop tard, vous êtes pris dans une mécanique qui vous dépasse », affirme-t-il, la gorge nouée.

Survient alors le 11 septembre et le bombardement consécutif par les Américains. Le jeune homme tente de regagner le Pakistan via les montagnes afghanes, mais est arrêté et envoyé sans autre forme de procès à Guantanamo. Il passera deux ans et demi dans la prison américaine située à Cuba. « Deux ans et demi de tortures, de privations de sommeil, de négations de vos droits les plus élémentaires ». Après cette période d’emprisonnement, il rentre en France, mais c’est aussitôt pour être réincarcéré pendant deux autres années, pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » La justice française estime alors qu’il représente un danger pour la sécurité dans l’Hexagone, suite à son passage par un camp d’entraînement. Après cette descente aux enfers, qui a aussi vu ses parents être incarcérés pour « association de malfaiteurs », Mourad Benchellali trouve cependant la force de se reconstruire, notamment en racontant son parcours dans un livre-thérapie « Voyage vers l’enfer », paru en 2006.

JPEG - 59.7 ko

Dans la salle polyvalente du collège de Clichy-sous-Bois, passé le coup de massue lié à un tel témoignage, les langues se délient, les questions affleurent. A plusieurs reprises, le parallèle est fait avec les centaines de Français partis combattre en Syrie dans les rangs de l’Etat islamique ou d’organisations affiliées. Tout en précisant ne pas être représentatif de toutes ces radicalisations, Mourad Benchellali reconnaît la pertinence de cette analogie sur plusieurs points. L’invité d’AC Le Feu dénonce notamment la pauvreté d’informations qui entoure généralement ces jeunes, un manque qui alimente en général des pulsions totalement naïves ou romantiques. « J’essaie de faire comprendre à certains jeunes qu’ils croient être dans le vrai alors qu’ils idéalisent totalement. Certains partent aujourd’hui en Syrie avec l’idée d’aller combattre Bachar-al-Assad mais ils se jettent dans les bras de l’Etat islamique sur lequel ils ne savent absolument rien. »

Sur le traitement des retours des candidats au djihad aussi, l’ancien détenu de Guantanamo tente de faire valoir ses vues. « J’ai vu à Guantanamo à quel point il n’y a pas meilleure fabrique de radicalisation que la prison. Or en France, on incarcère systématiquement les jeunes revenant de Syrie. Autrement dit, le signal qu’on envoie actuellement auprès de tous ceux qui regrettent leur choix initial, c’est « ne revenez surtout pas » ». Sans verser dans l’angélisme et tout en étant conscient que certains cas méritent un emprisonnement, Mourad Benchellali défend donc un traitement au cas par cas. « Au Danemark, il existe des centres fermés où l’on tente de faire réfléchir les anciens candidats au djihad à leur décision et à ce qui l’a motivée. Tâchons de nous en inspirer. », plaide celui qui témoigne aujourd’hui dans de nombreuses écoles suisses ou belges.

Alors que les propos de Mourad Benchellali résonnent encore dans la salle, certains auditeurs font le point sur ce qu’ils ont entendu. Pour Selma, 22 ans, l’intérêt d’un tel témoignage réside notamment dans le fait qu’il montre bien l’engrenage qu’a connu le jeune homme. « On voit bien qu’au départ, il a commis une erreur. Mais ensuite, quand il le regrette et qu’il veut faire machine arrière, il ne peut plus. A ce moment-là, il devient une victime ».
Yacine, habitant de Sevran, considère lui que ce discours peut aider de nombreux jeunes à éviter le pire. « Parce qu’il a lui-même été au cœur d’un Islam radical et qu’il n’a pas été convaincu par ce qu’il y a vu, son témoignage peut éviter à plein de jeunes d’aujourd’hui d’être embrigadés. Son message a le mérite d’être clair : il faut se méfier de certains discours, se renseigner, chercher à s’informer correctement ».

Christophe Lehousse

N.B : Le collectif AC Le Feu prévoit prochainement d’inviter Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat tué par Mohammed Merah

A lire aussi : « Nous sommes la République »- après les attentats de janvier dernier, le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a lancé un appel à projets pour travailler autour des valeurs de la République dans les 125 collèges du département.

à lire aussi

Le monde sportif de Seine-Saint-Denis dessine ses Jeux

Jeudi 23 juin, le monde sportif de Seine-Saint-Denis a fait part de ses propositions pour animer le projet olympique Paris Seine-Saint-Denis 2024. Cette concertation s’inscrit dans une série d’ateliers conduits auprès de différents publics dans le département.


Journée olympique à Marville et signature d’une convention entre Paris et la Seine-Saint-Denis

600 jeunes étaient réunis au Parc Marville à La Courneuve pour la Journée olympique jeudi 23 juin. L’occasion pour la Seine-Saint-Denis et Paris de signer une convention pour participer pleinement aux transformations et au développement de leurs territoires à l’occasion des J.O de Paris 2024.


Jimmy Vicaut, la vie à cent à l’heure

L’athlète du CA Montreuil dispute ce week-end les Championnats de France à Angers, sur 100 et 200m. Quelques semaines après avoir égalé son record d’Europe dans son jardin du stade Delbert et alors que s’annoncent des Jeux de Rio qu’il a cochés sur son agenda, Jimmy Vicaut se livre. Interview.


Odyssée Jeunes 2016, des souvenirs plein la tête !

Grande nouveauté pour cette 7ème cérémonie de clôture à l’Académie Fratellini à Saint-Denis : un concours d’éloquence entre élèves est venu remplacer le traditionnel Carnet de voyage. Chaque classe a ainsi défendu ses couleurs par équipe à travers une performance orale originale et pleine d’humour.


Mathilde Johansson, parcours de haute volée

A 31 ans, après 12 ans de carrière au plus haut niveau et 11 participations à Roland-Garros, Mathilde Johansson, licenciée au Montfermeil Tennis 93, a raccroché la raquette. Retour sur une trajectoire de championne.

0 | 5 | 10 | 15 | 20 | 25 | 30 | 35 | 40 | ... | 405