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Florian Bruzzo, le gros bonnet des Bleus

Noiséen pur jus, l’actuel sélectionneur de l’équipe de France de water-polo et ancien joueur du Cercle des Nageurs Noiséens, n’a qu’un objectif : qualifier les Bleus pour les Jeux de Rio.

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« Le water-polo m’a tout apporté. Absolument tout. C’est bien simple : même ma femme, je l’ai rencontrée au bord d’un bassin. » Florian Bruzzo n’est pas du genre à tourner autour du pot, à donner dans la nuance. Ses répliques claquent comme un ballon giflant la surface de l’eau. Quand on lui demande donc de jeter un coup d’oeil dans le rétro, le mot « water-polo » revient à peu près dans toutes les phrases.

Avant de mettre les oreilles sous un bonnet, « parce que mes parents tenaient absolument à nous apprendre à nager, à ma soeur et à moi », le gamin de Noisy-le-Sec, perché au 15e étage d’une tour de sa cité « Le Marché », n’avait jamais mis les pieds dans un bassin : « Et, en plus, je n’avais rien du tout de sportif ! ».

Ses dix printemps à peine mouillés, Florian Bruzzo tombe alors sur « un maître-nageur sympa » qui lui fait découvrir un drôle de sport. Tout naturellement, il prend alors sa licence au Cercle des Nageurs Noiséens. « Je tiens vraiment à souligner l’activité de ce club, hier comme aujourd’hui », s’anime le colosse aux allures de Yul Brynner. Avec peu de moyens, mais un état d’esprit passionné, cette structure réalise un travail remarquable, non seulement sur le plan sportif, mais aussi éducatif. Et aujourd’hui, c’est un des quatre meilleurs clubs formateurs en France ». La preuve par trois : dans l’équipe de France actuellement dirigée par Bruzzo, on retrouve Jonathan Moriame, gardien du Cercle des Nageurs Noiséens et Mehdi Marzouki, ancien du club évoluant désormais au Spandau Berlin, un des poids lourds européens.

Le chaudron du cercle !

De saison en saison, le CNN enfante ainsi des armoires à glace de l’eau comme l’était à l’époque Florian Bruzzo, remuant défenseur culminant à 1m90. A l’évocation de ses souvenirs à la piscine Edouard-Herriot, la grosse voix du géant se fait plus ronde. « Même devant Marseille, club référence dans notre sport, dans toutes les catégories d’âge, nous donnions le meilleur, jamais battus d’avance, à croire toujours en nos chances. »

De la quatrième à la première division en passant « par la montée en troisième division vécue comme si nous avions gagné une coupe du monde », les Noiséens sortent alors de nulle part « pour renverser des montagnes », gagnent à la force des poignets des places dans l’élite tricolore et empilent « les résultats inattendus au point de devenir l’équipe calvaire à jouer » dans leur « chaudron ».

Au fil de cette ascension historique, Florian Bruzzo prend du galon, même si cet ancien intervenant dans les écoles de Bobigny et d’Aulnay ne sera jamais sélectionné en équipe de France et participera seulement à deux tournois avec l’équipe de France A’ : « Sans jamais faire de plan de carrière, en restant toujours à ma place, je me suis retrouvé à vivre un rêve que je n’osais même pas imaginer. A l’arrivée, j’ai tout vécu en tant que joueur, de cadet à l’élite, en tant qu’entraîneur du Cercle des Nageurs Noiséens puis de l’équipe de France juniors et, depuis le 24 juin 2012, comme sélectionneur national ».

L’obsession des Jeux

Depuis ce jour, le Noiséen de 34 ans vit un rêve éveillé. « Avoir la chance de vivre de sa passion, c’est quelque chose d’inestimable. » Le fait que la Seine-Saint-Denis accueillerait les épreuves de water-polo en 2024 si Paris devait obtenir les Jeux cette année-là n’a évidemment pas échappé son regard acéré. « Si le département pouvait accueillir les Jeux, ce serait super positif. Et à l’inverse, moi qui ai grandi là, je peux vous dire que la Seine-Saint-Denis est une vraie force dans cette candidature. On est un territoire hyper riche, peut-être pas en termes de PIB, mais en termes de multiculturalisme et de jeunesse. L’image du 20h de TF1, c’est juste un épiphénomène. »

Pour autant, pas question pour ce volontariste en diable de regarder couler la Seine jusqu’en 2024. Le regard couleur d’eau de Florian Bruzzo est en effet habité par une seule ambition, pour ne pas dire obsession : qualifier les Bleus pour les Jeux de Rio. Sachant que la dernière participation olympique de l’équipe de France de water-polo remonte à 1992, ce serait un petit exploit. « C’est vrai que ce serait une sacrée perf si l’on se souvient qu’on n’était même pas dans le groupe A européen il y a 3 ans », souffle Bruzzo. Avant d’enchaîner : « Mais on en a les moyens. Je ne vais pas m’amuser à vous donner un pourcentage parce que moi j’y crois à 200 %. »

L’Euro de janvier et la 9e place des Bleus ont livré des enseignements plutôt positifs, reste maintenant l’étape du Tournoi de qualification olympique en Italie, début avril (voir encadré). Si Bruzzo et les siens arrachaient les quatre billets qui restent encore pour s’embarquer pour Copacabana, le conte de fée continuerait donc pour le gamin de Noisy-le-Sec.

Sophie Greuil et Christophe Lehousse

TQO, mode d’emploi

Pour se qualifier pour les Jeux de cet été, les Bleus devront terminer dans les quatre meilleures nations du Tournoi qualificatif, organisé du 3 au 10 avril à Trieste, en Italie. Pour cela, ils doivent d’abord s’extraire d’une poule de 6 équipes, comptant la Hongrie, la Russie, le Canada, la Slovaquie et la Roumanie (que les Bleus avaient déjà battue lors de l’Euro de janvier). Les quatre premiers croiseront le fer avec les quatre premiers d’une autre poule (comprenant notamment l’Italie et l’Espagne). Les vainqueurs de ces quarts de finale seront les heureux détenteurs d’un billet pour Rio. Reverra-t-on les Bleus du water-polo aux Jeux, 24 ans après leur dernière participation ? Réponse le 10 avril.

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Numéro 49 - Avril 2016

Le Département et le Comité de candidature de Paris – Seine-Saint-Denis aux Jeux de 2024 lancent une grande concertation ouverte à tous. Toute proposition est bienvenue...