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Fatimata Sy, rockmantique et vieilles dentelles

Il est 10 heures, Montreuil s’éveille. De La Station, où elle boit son café, Fatimata Sy peut surveiller sa boutique, juste en face, au 20 rue Victor-Hugo, en nous racontant le chemin parcouru pour arriver à cette vitrine où s’exposent de somptueuses étoffes. Une robe noire simple, que vient égayer un bandeau bigarré posé sur ses cheveux courts, habille la silhouette longue et fine de la créatrice.

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« Enfant, je découpais des silhouettes de poupées, que j’habillais ensuite de vêtements de papier. En troisième, mes copines m’ont conseillé de devenir styliste. » Si une conseillère d’orientation l’en décourage dans un premier temps, sa vocation se rappelle à elle après son BTS de commerce international. Elle compte parmi les premières promotions de l’école Mod’Spé, à qui l’on apprend le merchandising, le commercial, le style... L’étudiante fait ensuite quelques stages au sein de bureaux de style, pour lesquels elle commande les tissus, constitue des books, court les défilés. Diplômée, Fatimata trouve du travail dans le Sentier, où, aux côtés d’une modéliste, elle confectionne des collections pour des marques comme An’ge & Toi mon Toi. « Comme c’étaient de toutes petites structures, j’ai touché à tout », se souvient-elle encore.

2005 : l’heure est venue pour Fatimata, 31 ans, de monter sa propre entreprise. « Je voulais que tout soit fait en France. Faire des séries revenait trop cher, alors je me suis lancée dans la pièce unique. Au début, les boutiques avaient du mal à comprendre le concept, et me demandaient 10, 15 pièces. Aujourd’hui, cette pratique est rentrée dans les mœurs ». Elle se trouve alors un style, qu’elle appelle « Rockmantique ». « En chinant, je me suis aperçue que j’adorais le vintage, les tissus nobles comme la soie, la dentelle. J’achetais des nuisettes désuètes que je revisitais, en les rebrodant, et en y ajoutant des éléments plus trash, noirs, des bords francs. » Autre autoportrait : « Je suis le fruit, d’une part, de la culture sénégalaise, où les femmes sont fières, belles, chatoyantes, et voluptueuses. Mes coupes soulignent les fesses, les seins des femmes. D’autre part, j’aime la couture tailleur : précieuse, minimaliste, sombre ».

Forte de cette identité, elle s’est lancée dans l’ère « Montreuil ». Elle met un an à s’accoutumer à la ville. « J’en suis vraiment tombée amoureuse après les portes ouvertes des ateliers d’artistes. Je suis alors rentrée dans la dynamique de la ville, en fréquentant des personnes du monde de la musique, du cinéma. J’ai exposé au théâtre, le 116 et le café couture de Marianne Brun, organisé un défilé avec le lycée Eugénie-Cotton, travaillé avec le centre aéré, sous-loué un atelier au « café-couture » », etc. De fil en aiguille, l’idée d’acquérir son atelier fait son chemin. « Quand j’ai vu que les tatas (flingueuses, ndlr) s’installaient, je me suis dit : c’est maintenant ou jamais ». Même si sa quête de locaux a duré cinq ans, elle a fini par avoir son petit pignon sur rue, son atelier-boutique au cœur de Montreuil.

Cet écrin lui permet de s’adonner à ses créations. Elle propose également à la clientèle de réajuster et revisiter leur vêtements fétiches, pour en moyenne 70 euros. Sur les étagères, on trouve des produits made in Fatimata Sy, mais aussi ceux d’autres créateurs — vêtements, bijoux et cosmétiques — qui partagent ses valeurs.

Elsa Dupré

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