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Euro qui comme Ulysse... Portraits d’habitants

A l’occasion de l’Euro, le Stade de France, temple du sport par excellence sur le territoire du département, accueillera 7 rencontres de la compétition. Pour les quatre matches de la phase de groupes, nous avons décidé de faire témoigner des habitants de Seine-Saint-Denis dont le vécu est lié aux pays qui joueront dans l’enceinte de Saint-Denis.

A l’occasion de l’Euro, le Stade de France, temple du sport par excellence sur le territoire du département, accueillera 7 rencontres de la compétition. Pour les quatre matches de la phase de groupes, nous avons décidé de faire témoigner des habitants de Seine-Saint-Denis dont le vécu est lié aux pays qui joueront dans l’enceinte de Saint-Denis. Tous à leur manière, ils témoignent de la richesse d’une double culture et dessinent aussi indirectement l’histoire de l’immigration. L’occasion de se rendre compte, une fois de plus, de la diversité extraordinaire de la Seine-Saint-Denis, département-monde.

- Islande-Autriche, 22 juin

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Kristin Jonsdottir, guide touristique islandaise habitant Romainville

« La France, j’en rêve depuis toute petite. A Reykjavik, où je suis née, j’ai commencé assez jeune à apprendre le français parce que j’aimais la sonorité de la langue et la culture française. Je regardais notamment tous les films français que je pouvais. Je ne sais pas d’où ça me vient parce que mes parents ne me l’ont pas spécialement transmis. Je suis donc arrivée en France en 1989 et j’y ai rencontré mon mari, un Parisien. En 2004, on a passé le périph’ pour acheter à Romainville où – il faut le dire – les prix sont quand même plus accessibles. Cela fait maintenant assez longtemps que je travaille comme guide pour les touristes islandais qui visitent la Ville-lumière. Et je traduis également des ouvrages de littérature française en islandais. L’Islande, c’est un petit pays, nous ne sommes que 330000 habitants. La langue est difficile mais belle. Je suis d’ailleurs en train de préparer un manuel d’apprentissage de l’Islandais à l’attention des Français (qui sortira en 2017 chez Assimil, ndlr). Et la nature y est magnifique : des geysers, des volcans... Le foot ? Sincèrement je n’y connais rien, mais je serai au stade pour Islande-Autriche avec toute ma famille : ma fille de 14 ans et mon fils de 12 ans qui parlent tous deux islandais, mon mari et ma sœur qui a joué en équipe nationale féminine. Ce sera la fête pour ce petit pays qui dispute pour son tout premier Euro. En bonne Islandaise, je vais dire qu’on va l’emporter 2-1. »

N.B : pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le pays d’origine de Kristin, une Maison de l’Islande ouvre le 18 juin sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, à l’occasion de l’événement « La place de l’Europe » http://www.paris-europe.eu/0123-1351--Les-Berges-de-l-Europe.html

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Alexandra Maringer, artiste autrichienne vivant à Aubervilliers

« C’est l’amour qui m’a fait venir en France. Et il faut dire que le reste m’a plu aussi. Voilà 12 ans déjà que je suis ici et 2 ans que mon compagnon et moi avons acheté à Aubervilliers. Les prix du marché ont bien sûr joué, mais dès le départ, je me suis toujours senti plus à l’aise dans le Nord-Est parisien que dans le Sud-Ouest. J’aime le côté multiculturel, ouvert d’Aubervilliers. J’y ai mes habitudes, comme au café « Grand Bouillon » qui propose de multiples projets culturels ou au café du théâtre de La Commune. Et puis, il faut aussi dire que contrairement à d’autres villes, Aubervilliers a su préserver son patrimoine architectural, ce qui donne un mélange assez réussi entre constructions modernes et anciennes. Forcément, j’y suis sensible parce que je suis architecte de formation même si j’ai vite évolué vers une activité de scénographe.
Scénographe, cela consiste à réaliser des décors soit pour le cinéma, soit pour le théâtre, soit pour des expositions. Mon dernier travail en date est d’ailleurs la mise en scène de l’exposition « Allez les Autrichiens », une exposition de caricatures et de dessins de presse autour du foot à l’Ambassade d’Autriche. Mon pays d’origine, j’y rentre assez régulièrement puisque mon travail est encore très lié aux productions cinématographiques autrichiennes. Et je suis de près l’actualité politique autrichienne, malheureusement guère réjouissante ces derniers temps. Initialement, je viens du Burgenland, une région très champêtre à 100 km de Vienne, mais j’ai ensuite fait mes études dans la capitale autrichienne. Islande-Autriche, je vais sans doute le regarder même si je ne suis pas une dingue de foot à la base. Par contre j’aime bien les grandes compétitions internationales comme l’Euro ou le Mondial pour leur côté festif. »

- Allemagne-Pologne, jeudi 16 juin

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Celinka Chmielewska, retraitée et habitante de Bobigny

« Il y a près de cinquante ans que je vis ici. Je suis venue pour suivre mon mari, un Français d’origine polonaise qui venait en vacances à Rzeszόw, où j’habitais alors. Je me souviens qu’à mon arrivée, j’étais déçue, vraiment déçue ! En Pologne, nous idéalisions beaucoup la France et Paris encore plus. Je m’imaginais un pays si riche qu’il y aurait des tapis sur les trottoirs ! Ce n’était pas vraiment le cas et quand j’ai vu mon premier logement, j’avoue que si je n’avais pas été mariée, je serais retournée en Pologne ! Mais je suis restée et j’ai eu une belle vie ici. J’ai tout de suite travaillé, chez Meccano, puis j’ai fait le ménage dans des administrations, surtout au commissariat de Bobigny. Je m’entendais bien avec tout le monde, du coup on faisait appel à moi pour des traductions, dans les commissariats et même au Palais de justice. Ça faisait un plus pour le porte-monnaie !
J’aime bien le football, je regarde les matches de l’Euro à la télé. J’aimerais bien aller au Stade de France. Je crierais, je chanterais, j’aurais un drapeau… mais c’est cher. Je soutiens l’équipe de France, c’est aussi mon pays. Sauf s’il y a un France-Pologne, là, le cœur parle !
Depuis le début de l’Euro, les Italiens m’ont le plus impressionnée. Ils ont complètement dominé les Belges, qui ont pourtant une belle équipe. Un pronostic pour Allemagne-Pologne ? Ça va être difficile… L’Allemagne est forte, comme toujours. Mais s’il y a un match que les Polonais se doivent de gagner, c’est celui-là… C’est comme contre les Russes ! »

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Harry Matenaer, photographe allemand installé au Pré-Saint-Gervais

« J’habite en France depuis bien 30 ans maintenant, dont une vingtaine au Pré-Saint-Gervais. J’ai toujours aimé la France, sans doute parce qu’enfant, j’y passais déjà toutes mes vacances scolaires avec mes parents. J’ai grandi dans une petite ville à côté d’Aix-la-Chapelle, j’y retourne un peu, mais pas si souvent non plus. Mon lien le plus fort à l’Allemagne maintenant, ce sont mes parents. La plupart de mes amis, ils sont désormais ici. Dans un registre différent, ça fait longtemps que je rêve en français. Par contre, je compte encore en allemand parce que dire « quatre-vingts, quatre-vingt-dix », c’est vraiment trop bizarre...
La Seine-Saint-Denis, je m’y sens bien, j’aimerais d’ailleurs y travailler davantage. Le lendemain des attentats de Charlie, je suis descendu dans la rue et j’ai fait des portraits de mes voisins avec des affichettes « Je suis Charlie » que j’avais préparées. J’ai aussi fait une autre série sur des maisons de banlieue. Il y a une vraie mixité ici, que j’apprécie. Si je vais regarder Allemagne-Pologne ? Evidemment ! Je suis impatient de voir si Lewandowski (avant-centre de la Pologne et joueur du Bayern Munich) ose se rebeller contre le Bayern ! Je ne crains pas particulièrement l’ambiance autour de ce match, même s’il est vrai qu’il suffit d’une poignée d’écervelés pour tout gâcher. Et j’attends avec impatience un France-Allemagne. C’est le genre de match où ma fille, franco-allemande, me dit toujours : « moi je m’en fous, dans les deux cas je gagne ». Alors que moi, en foot, je suis à fond pour la Mannschaft, même dans un bar avec 250 Français ! »

- Irlande-Suède, lundi 13 juin

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Liza Schuster, sociologue irlandaise habitant dans le XVIIIe arrondissement de Paris

Il faut l’admettre, pour ce témoignage, on a quelque peu triché. Liza Schuster, rencontrée devant le Stade de France à quelques heures du coup d’envoi d’Irlande-Suède, n’est pas à proprement parler une habitante de Seine-Saint-Denis, mais l’enseignante-chercheuse en sociologie connaît tout de même très bien le Nord-Est parisien.

« Je suis Dublinoise. Je suis arrivée à Paris à l’été 2004 avec la quarantaine et j’en suis tombée aussitôt amoureuse. Tout au moins du XVIIIe arrondissement : Château-Rouge, la Goutte d’Or, ces coins-là. Ca m’a tellement plu que je m’y suis installée en 2008. Pour moi, ce sont des quartiers très vivants, très chaleureux. J’aime la diversité qu’on peut y observer. En Seine-Saint-Denis, il y a d’ailleurs des villes où règne la même ambiance cosmopolite. Bien sûr, il y a aussi des problèmes sociaux, mais ces endroits ont une énergie de vie bien supérieure à certains autres quartiers parisiens. Comme sociologue, j’ai aussi mené des enquêtes de terrain dans ces quartiers, dans la mesure où je travaille sur les migrations forcées et sur la politique d’asile en Europe. A mon arrivée, je voyais la France comme le pays des droits de l’homme. Maintenant, j’en ai une image plus mitigée car j’estime qu’elle comme d’autres pays devraient en faire plus dans l’accueil des migrants. Mais je me sens quand même à moitié française. Le foot ? Je prends ça aussi en sociologue. Ce qui m’importe, c’est l’ambiance, la fête. Je suis contente d’aller voir le match en famille, avec ma cousine qui est de passage et de retrouver des chansons qui ont fait mon adolescence (les haut-parleurs près du Canal de Saint-Denis passent de la musique irlandaise). Le foot, je n’y connais pas grand-chose, mais je vais quand même me laisser aller à un pronostic : 2-2, histoire qu’on ne s’ennuie pas dans le stade. »

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Mathilde Johansson, ancienne joueuse de tennis professionnelle, licenciée à Montfermeil

« Pour moi, la Suède, ça évoque la quiétude, le calme. Avec mes parents, nous avons quitté la Suède quand j’avais 4 mois mais j’y reviens régulièrement et avec grand plaisir. C’est mon havre de paix, là où je me ressource et récupère du tourbillon que représente le monde du tennis professionnel (Mathilde Johansson vient d’arrêter sa carrière, après un dernier Roland-Garros en mai). La nature y est absolument magnifique. J’y retourne d’autant plus volontiers que j’ai encore de la famille là-bas. D’ailleurs, j’ai acheté une maison de vacances en plein milieu de la Suède, à mi-chemin entre Stockholm et Göteborg où je suis née. Mon père, lui, est originaire de Tibro, une petite ville d’où est aussi originaire Robin Söderling (finaliste à Roland-Garros en 2009 et 2010). Pour l’Euro, je ne suis pas plus foot que ça. Mais pour Suède-Irlande, je vois quand même une victoire de la Suède. 1-0, but de Zlatan évidemment. »

- France-Roumanie, vendredi 10 juin

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Cristiana Mitranescu, ancienne employée au Conseil départemental de Seine-Saint-Denis

« Roumanie-France, France-Roumanie, ça représente ce que je suis aujourd’hui. Ce que je suis devenue, je le dois autant à la France qu’à la Roumanie. J’ai la chance d’avoir deux pays. De Bucarest, je suis arrivée en France en 2000 grâce à une bourse d’État de Sciences Po. J’avais déjà fait connaissance avec la culture française parce que mes parents étaient assez francophiles. Avec mon frère, notamment pendant une période assez compliquée pour la Roumanie, on a aussi grandi avec des références françaises, sa littérature, ses grands auteurs. Du coup, quand j’ai eu l’occasion d’aller me frotter à tout ça sur place, je n’ai pas hésité.
Et puis j’’ai trouvé ce poste en Protection Maternelle Infantile au Département de la Seine-Saint-Denis, où j’ai travaillé de 2005 à 2009. J’en garde un très bon souvenir. C’était un vrai choix pour moi d’aller en Seine-Saint-Denis, pas un choix par défaut, parce que j’avais entendu parler de la dynamique du département, du sérieux de ses professionnels. Et je n’ai pas été déçue : c’est un département qui n’a pas énormément de moyens mais beaucoup de bonne volonté et énormément de créativité. Mes pronostics pour France-Roumanie ? Ah, ils sont malheureusement défavorables à la Roumanie. J’aimerais bien qu’elle gagne, ça changerait un peu, mais très franchement : je n’y crois pas beaucoup. En fait, je désire que les deux pays gagnent et ce n’est pas de la langue de bois. Je ne pense pas regarder le match parce que ça me rend toujours nerveuse. »

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Georges Makowski et Christophe Lehousse

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Pour le match Allemagne-Pologne, trois jeunes éducateurs du Fc Bourget, ont été invités par le Conseil départemental pour leurs actions autour du handicap. Jessica, Fahardine et Nazir travaillent depuis trois ans à rendre le foot accessible à tous, valides et non valides. Accompagnés par Magalie Thibault, la Vice-présidente chargée de l’autonomie des personnes (personnes âgées/personnes handicapées), ils se sont vus récompensés par le Département pour leur travail accompli.

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