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Elles rapiècent la confiance

Installée dans le quartier du Franc Moisin à Saint-Denis, l’association « Femmes actives » et son atelier d’insertion spécialisé dans le repassage et la confection ramène vers le chemin de l’emploi des personnes allocataires du RSA ou rencontrant des problèmes de handicap.

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Angelica lève un instant les yeux de son travail. S’aidant d’un patron, elle est en train de tailler une doublure pour une robe. Derrière l’habitante d’Aubervilliers, originaire d’Arad, en Roumanie, les machines à coudre vrombissent. En ce lundi matin, c’est le coup de feu : une jeune créatrice a passé une commande de cinq robes cambodgiennes en ikat, un tissu d’Asie du Sud-Est, à livrer dans quinze jours.

Du coup, Angelica et les autres travailleurs de l’atelier chantier d’insertion « Fer et refaire » redoublent d’ardeur. L’envie de bien faire, la concentration et le plaisir de se consacrer à une tâche sont palpables. « Voilà un peu plus d’un an que je suis là et je me sens vraiment bien ici, explique Angelica. Avant, j’ai fait plusieurs petits travaux, surtout comme femme de ménage, mais la situation n’était pas confortable. Femmes actives m’a redonné espoir. Ici, c’est comme une famille. »

Comme Angelica, ils sont actuellement quinze salariés en insertion à avoir remonté la pente grâce à leur travail au sein du chantier « Fer et refaire ». Quinze salariés aux parcours et aux origines très différents, mais qui partagent tous le fait d’avoir connu une période de chômage, de doute ou de détresse.

El Hadji, penché sur sa machine où il confectionne une robe, s’est par exemple retrouvé sans travail après la fermeture de son atelier de retouches. Soltana, originaire du Pakistan, est elle arrivée récemment, après une période compliquée. Tous se retrouvent désormais pour 24 heures par semaine à « Fer et refaire » où leurs espoirs reprennent forme en même temps que les vêtements qu’ils tissent.

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« Les gens qui arrivent ici ont souvent besoin de reprendre confiance. Et la création textile, qui fait appel à un savoir-faire, leur permet de vite se rendre compte qu’ils ont des compétences, non seulement économiques mais aussi artistiques », explique Véronique Gobillot, co-directrice de la structure aux côtés de Charlotte Bougaran.

Après plus de vingt ans d’existence, l’association, nichée dans le quartier du Franc Moisin, a été conventionnée atelier chantier d’insertion en 2005. Depuis cette date, les salariés passant par la structure sont affectés au repassage ou à l’atelier confection - il y a aussi un chauffeur pour porter le linge lavé et repassé aux clients - sans négliger pour autant les actions de formation que continue de déployer « Femmes actives ». Notamment une formation linguistique à destination des personnes ayant des difficultés en français, organisée tous les mardis et jeudis.

A la quantité, la structure, qui fonctionne avec 300 000 euros de budget par an dont une enveloppe du Conseil général de 15 000 euros, préfère la qualité. Sur les sept à huit salariés qui quittent tous les ans l’association, la moitié trouve accès à un emploi pérenne ou une formation qualifiante. « Il y a par exemple une personne qui, à sa sortie, a remonté son atelier en autoentrepreneur. Une autre a été embauchée comme agent de service hospitalier après être passée par une formation », détaille Véronique Gobillot.

« Ca ne marche évidemment pas pour tous, mais tous peuvent ici repartir à zéro et retrouver des réflexes de travail », complète Charlotte Bougaran. En général, un salarié en insertion à « Fer et refaire » y passe entre 6 et 24 mois, avec une moyenne de 18 mois.

Une période durant laquelle Angelica, El Hadji, Soltana et les autres auront appris ou réappris à confectionner des vêtements, à reprendre des réflexes professionnels. Mais surtout, ils auront retrouvé confiance en eux, prêts à réhabiller leur vie de rêves et d’envies.

Dossier réalisé par Christophe Lehousse

Portrait de Marie-Denise : Fer et refaire

Cette Haïtienne a retrouvé le sourire grâce à l’association « Femmes actives », qui va lui permettre de reprendre une formation d’aide-soignante.

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« Ici, j’ai retrouvé l’espoir, le courage pour continuer l’aventure. » La douce voix de Marie-Denise se faufile à travers le bruit des machines à coudre. Pour cette Haïtienne de 43 ans, l’association Femmes actives, installée au coeur du quartier du Franc Moisin à Saint-Denis et qui propose à ses salariés en insertion des ateliers repassage et couture, a changé beaucoup de choses.

Après avoir été au chômage durant un an, notamment parce que les employeurs auprès desquels elle postulait lui réclamaient le permis de conduire, cette femme-courage a pu retrouver une activité attrayante. Et des perspectives d’avenir. Car cette habitante d’Epinay-sur-Seine a la ferme intention d’entamer via l’association Femmes actives une préparation au concours d’aide soignante, que les aléas de la vie lui avaient fait interrompre il y a quelques années. « A ma sortie d’ici, j’aimerais travailler en milieu hospitalier, consacrer mon temps aux gens qui souffrent. »

Elle qui a dû laisser ses trois filles à Haïti lorsqu’elle est arrivée en France en 2006 dit avoir retrouvé à Femmes actives une famille de substitution. « J’ai parfois le mal du pays, mais les encadrantes et les responsables sont vraiment très gentilles, très à l’écoute. Ça aide à aller mieux », souffle-t-elle.

Si les activités principales sont évidemment la couture et le repassage, il arrive aussi que les salariés en insertion se transforment en cuisiniers, histoire de faire partager une spécialité de leur pays à leurs collègues. Avec des salariés originaires du Sénégal, du Pakistan, d’Egypte ou encore de Turquie, le chantier d’insertion est en effet une vraie Tour de Babel. « Ca m’arrive d’apporter un plat de riz aux haricots rouges accompagné de légumes, typique d’Haïti, pour qu’on le partage tous ensemble à la pause de midi », sourit Marie Denise.

Acquérir de nouveaux savoir-faire, en exploiter d’anciens, et reprendre confiance, lentement mais sûrement, voilà le nouveau quotidien de ces femmes et de ces hommes actifs.

C.L.

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