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Du jeu à la pause déj

Avec leurs jeux en bois fabriqués maison, ils entendent créer du lien social, transmettre des valeurs éducatives et aussi redonner espoir. Reportage dans le sillage de l’association FaSol au collège Langevin Wallon de Rosny-sous-Bois.

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Mariatou débarque le sourire aux lèvres dans une des salles du collège Langevin Wallon. Elle est avec une copine et veut absolument jouer aux assiettes picardes, une sorte de pétanque jouée sur une longue planche avec des palets en bois. « Allez, on fait les filles contre les mecs ! ». « Pourquoi toujours les filles contre les mecs ? Mélangez plutôt » intervient gentiment Leirah, stagiaire à l’association FaSol (Fabriquons la solidarité).

Depuis le début de l’année 2014, cette association qui vise à créer du lien social par le jeu intervient tous les mardis midi à Langevin Wallon. Durant la pause déjeuner, les animateurs de cette structure mettent à disposition des élèves qui le souhaitent des jeux de société en bois, fabriqués maison. Le créneau horaire, trois quarts d’heure, n’est pas bien long, mais il suffit à tisser des liens et à prendre du plaisir en jouant.
Mais l’idée sous-jacente à ce rendez-vous hebdomadaire va plus loin : il s’agit de « valoriser des élèves qui sont parfois en échec scolaire, ou de les sensibiliser à la notion de respect », explique Isabelle Hollebecq, directrice de cette association fondée en 2010 (voir par ailleurs).

Ilkay, un élève de 6e, est lui penché sur le plateau d’un jeu appelé « la barricade », dont Michel, intervenant pour l’association, lui rappelle les règles. « Le but du jeu, c’est d’arriver le premier au bout du parcours en lançant un dé, mais tu peux aussi bloquer l’autre », explique ce quinquagénaire originaire du Québec, qui a déjà vécu plusieurs vies en une.

Car FaSol n’a pas que pour objectif de créer du lien social. Employant actuellement deux personnes en contrat aidé, la structure poursuit aussi une mission d’insertion professionnelle. Michel par exemple, a repris confiance en lui après avoir longtemps été au chômage à la suite d’une première carrière dans la restauration.
« J’ai découvert FaSol après avoir fait une formation de comptable à l’AFPA (association pour la formation professionnelle). Il se trouve qu’Isabelle cherchait justement un comptable. Là, je suis en contrat aidé jusqu’à septembre. Je participe en plus aux animations et aux ateliers de finition des jeux de société. Ca me fait beaucoup de bien », développe Michel.

Un peu plus loin dans la salle, Stéphane, en 6e, Julien et Thomas, deux 5e, se sont eux regroupés autour d’un jeu de puissance 5 sous le regard de Philippe, un autre accompagnateur. Il s’agit en fait du puissance 4 de nos années d’enfance, auquel s’ajoute une difficulté supplémentaire : on peut aussi former des séries en hauteur. Mais rien de nature à déstabiliser les trois garçons qui, alors qu’ils découvrent le jeu, en comprennent tout de suite les règles. « J’aime bien ce jeu, parce que quand une personne croit qu’elle va gagner, en général, c’est là qu’elle perd », affirme Julien.
Sur les bienfaits de l’atelier jeu en lui-même, Thomas ajoute : « C’est bien pour se retrouver, pour jouer ensemble. » Et Mariatou renchérit immédiatement : « cet atelier, c’est super. Ca permet de découvrir des gens à qui on n’aurait jamais parlé dans la cour ».

Le temps de faire encore une partie de Ludo, un jeu ivoirien, de Yoté, venant d’Afrique de l’Ouest, ou de dames chinoises, et les animateurs sifflent la fin de la récréation. Mariatou file, elle a cours de techno, mais elle reviendra assurément, mardi prochain.

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FaSol fait jeu de tout bois

Créée en 2010 par Isabelle Hollebecq, une habitante de Rosny-sous-Bois, l’association FaSol vise à la fois à créer du lien social et à réinsérer des personnes en difficulté, notamment des personnes très éloignées de l’emploi. L’idée est de redonner confiance à travers des jeux de société, fabriqués dans l’atelier de la petite structure par des menuisiers bénévoles, à partir de bois récupéré. Douze salariés sont ainsi déjà passés par les locaux de l’association, située dans le quartier du Pré-Gentil à Rosny. Douze salariés, et presque autant de motifs de fierté pour Isabelle Hollebecq, qui évoque avec émotion certains de ces parcours. « Je me souviens notamment d’un bénévole qui était au chômage depuis plus de 7 ans, cassé par la vie. Il a commencé par faire un peu d’animation avec nous, petit à petit, il s’est impliqué davantage, il a repris confiance, et maintenant il a retrouvé du travail dans un resto italien ».

Meilleur vivre-ensemble

Imaginée au départ autour de la vente de jeux, la structure s’est rapidement réorientée vers l’animation et intervient aujourd’hui dans différents domaines. En collège donc, mais aussi dans des maisons de retraite et des hôpitaux, comme à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif où elle joue avec des malades atteints d’Alzheimer. A l’été dernier, la structure a aussi été associée à une mission du PAJE (Prestation accueil du jeune enfant), proposant des ateliers jeu à des mineurs en voie de réparation pénale. Sur demande des bailleurs sociaux, FaSol fait également beaucoup pour un meilleur vivre-ensemble dans les quartiers sensibles à travers des rendez-vous jeux, comme l’année dernière aux Marnaudes de Rosny ou cette année à Villemomble et probablement à Bondy.

Interventions en entreprises

L’enjeu pour FaSol est maintenant de « pouvoir avoir deux salariés en contrat permanent sans aides de l’Etat, de manière à pouvoir accueillir des salariés en insertion ». Ce qui passe par des sollicitations plus régulières, notamment de la part d’entreprises qui souhaiteraient faire appel au jeu pour renforcer leur dynamique de groupe. Mais FaSol n’est pas pressée : pour peu que son action soit utile à des gens dans le besoin, elle se joue du reste.

Christophe Lehousse


Le rendez-vous à venir de FaSol :
« FaSol » organise le 24 mai une fête du jeu à Rosny-sous-Bois, une première. Une journée pour laquelle tous les habitants du Pré-Gentil sont conviés à sortir leurs jeux de société et à les expliquer aux autres.

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