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Du camp de Drancy à la cité de la Muette

A l’occasion des 70 ans de la libération des camps d’internement, retour sur la genèse du« livre-exposition » Drancy la Muette de Claire Angelini. Rencontre.

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Rencontre avec Claire Angelini

Avec une triple formation aux Beaux-Arts de Paris, en histoire de l’art à la Sorbonne et cinéma en section documentaire à Munich, Claire Angelini vient de passer 15 ans en Allemagne. « Cette déterritorialisation a été fondatrice à la fois de mon travail et de ma vie personnelle, dit-elle.

Se déterritorialiser, c’est forcément entrer dans le sentiment d’être un autre pour ceux qui vous environnent et pour lesquels on est un étranger. » Cela ne sera pas sans incidence sur le choix de ses sujets de travail.

En 2013, elle publie un livre Drancy la Muette aux éditions Photosynthèses. « Le projet, explique-t-elle, qui englobe des formes aussi différentes que le livre, la performance, le dessin, le son… offre une constellation de propositions menées singulièrement ou collectivement, afin de féconder un débat d’idées, de pensées, de formes.”

Yannick Haenel signe un texte en ouverture de l’ouvrage. De son travail, il écrit : « L’Histoire est vivante, et nos corps portent en eux des perceptions intimes du passé ; ce sont elles qui trament chaque instant de notre présent. Regardez ces images, ouvrez les yeux sur Drancy la muette. Vous croyez que ce lieu ne parle pas, que les murs sont muets, le passé silencieux, le présent indéchiffrable ? Écoutez ces images : alors vous verrez. »

Claire Angelini a été portée, tout au long de son travail, par cette question : que voit-on aujourd’hui d’un camp de concentration quand celui-ci n’est pas transformé en mémorial ?

Drancy la Muette a déjà été exposé dans plusieurs galeries et un projet en cours de réflexion pourrait conduire à une exposition dans un beau lieu en Seine-Saint-Denis afin de faire découvrir ce travail aux habitants.


Entretien

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Les lieux, les traces, la mémoire, la transmission, tout cela traverse votre travail…
Claire Angelini : N’étant pas journaliste, je suis constamment dans le retard et c’est un retard qui pour moi est productif d’un autre type de regard, d’un autre type d’approche. Il faut que les territoires soient refroidis, que le temps ait passé pour que je puisse arriver jusque là et voir quelque chose.

Comment est né le projet sur Drancy la Muette ?
C. A. : Invitée à un colloque au Musée du quai Branly afin de réfléchir collectivement aux violences de guerre, j’ai rencontré deux personnes qui s’occupaient de la mémorialisation du camp de Rivesaltes et de la gare de Bobigny. C’est à ce moment-là que je me suis rendue compte que je m’étais très peu confrontée à l’histoire de la France pendant la Deuxième Guerre. J’ai découvert ainsi qu’il y avait eu 200 camps français… C’est au fil de promenades sur le lieu, à Drancy, et de réflexions diverses que j’ai mûri mon projet avec cette question : comment passe-ton d’un état d’architecture moderniste à un autre, celui d’un camp. Je ne prétends pas apporter de réponse, ce n’est pas mon propos. Je souhaitais parcourir ce chemin et au fond ce travail montre ce chemin. Il a fini par aboutir à cette double forme : à la fois un livre édité et un livre-film de 50 mètres de long qui peut se déployer comme un parcours dans une salle d’exposition.


Vous avez mené un long travail ?

C. A. : Ce fut un long travail à la fois de documentation, recherches, lectures autour de l’histoire du lieu et de longues déambulations dans cette architecture avec des architectes, pour essayer d’en comprendre les tenants et les aboutissants… Avec une plongée dans les archives du Mémorial pour comprendre comment cette architecture avait fonctionné au moment où c’était un camp d’internement. Il y a peu d’archives sur la cité dans le fonds Lods, car ces archives ont subi un dommage, cette partie du fonds a brûlé, je crois…

Vous n’avez pas encore, à cet instant, l’idée de la forme que votre travail empruntera ?
C. A. : Avec ces photographies qui avaient une double origine, à la fois du lieu et des archives, j’ai éprouvé l’impérieuse nécessité de les mettre ensemble afin d’essayer de comprendre ce fonctionnement, ce fameux passage d’un état à un autre. Et en fait, je me suis rendue compte que je faisais du montage et que ce montage allait me conduire à un film qui n’était un film en mouvement mais un film de papier. Les dessins quant à eux constituaient un complément à ce montage. Chacun d’eux est assorti d’une légende. Finalement, c’est du matériau lui-même qu’a surgi la forme. Ce sont les matériaux qui ont dicté cette forme-là, cette forme de promenade de papier.


La question de l’histoire n’est jamais étrangère dans vos films.
Vous y posez la question des traces, de la mémoire, de l’oubli. On perçoit chez vous une inquiétude…

C. A. : Ma motivation première à travailler sur des questions d’histoire repose sur le présent. Cette façon de m’attacher à l’histoire représente pour moi une relation avec des enjeux qui pour moi, restent ceux du temps présent. Cette histoire des camps, n’est pas pour moi, une histoire du passé. C’est une histoire du présent. Je partage entièrement les propos de Jean Cayrol à la fin de Nuit et brouillard : « Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s’éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous, et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin. » C’est ma position même.

Propos recueillis par Claude Bardavid

Il y a 70 ans, la libération des camps

Il y a 70 ans, le 27 janvier 1945, l’Armée rouge pénétrait à Auschwitz marquant le début de la libération de tous les camps de concentration. Dans ce qui était encore le département de la Seine, à Drancy, fut organisé dans la cité de la Muette pendant trois ans un camp d’internement avant déportation vers le camp d’extermination d’Auschwitz. Sur 76 000 hommes, femmes et enfants juifs déportés de France, 67 000 le furent à partir de Drancy. Moins de 2000 déportés sont revenus des camps.
En 2001, la cité est classée Monument historique en tant que « réalisation architecturale et urbanistique majeure du XXe siècle et en raison également de son utilisation durant la Deuxième Guerre mondiale d’abord comme camp d’internement puis comme camp de regroupement avant la déportation, qui en fait aujourd’hui un haut lieu de la mémoire nationale ». Depuis 2012, le Mémorial de la Shoah à Drancy, accueille le public.

Mémorial de la Shoah à Drancy

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