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Dans le secret des délégations brésilienne, marocaine ou encore chypriote

Ils sont étudiants en relations internationales dans des universités de Seine-Saint-Denis. Grâce notamment à un partenariat avec le Département, ils ont pu intégrer la délégation d’un des 150 pays actuellement représentés à la COP21. Premières impressions.

Attablés dans un des espaces restauration de la fameuse zone ONU de la COP21, Caroline, Alice, Paul ou encore Jennifer ont quantité de choses à se raconter. Ce mardi 1er décembre, leur stage d’ « agent de liaison » auprès d’une des délégations du sommet climat de l’ONU vient tout juste de commencer, et pourtant, ils ont déjà mille petites anecdotes à partager. Leur affectation auprès d’une des 150 délégations de la COP21 a quelque chose du jeu des 7 familles : Caroline, étudiante en 3e année de sciences po à Paris-8 Saint-Denis, a pioché le Brésil, Paul, 19 ans a été parachuté à Chypre et Alice a hérité de la délégation monégasque ! Au total, ils sont ainsi une centaine d’étudiants à avoir pu bénéficier d’une formation alliant cours d’anglais et relations internationales pour pouvoir officier comme diplomates en herbe au Bourget. Leurs tâches ? « C’est assez large. Cela va d’être capable de rédiger des notes de synthèse jusqu’à résoudre des problèmes d’ordre logistique, pour que les délégations présentes à la COP ne manquent de rien », détaille Alice. Tous autant qu’ils sont décrivaient mardi cette expérience comme une opportunité unique.

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Caroline Falcao, à bord de la délégation brésilienne

Pour Caroline, cette COP21 a démarré sur les chapeaux de roue. Cette étudiante de 3e année de sciences politiques à Paris-8, de nationalité brésilienne, a logiquement été affectée à la délégation de son pays. Et comme baptême du feu, elle a eu l’honneur de rédiger la note de synthèse reflétant le positionnement du Brésil en matière de développement durable. « Je me suis couchée à deux heures du matin pour que tout soit nickel ! », explique cette étudiante de 25 ans qui a donc ferraillé jusque tard dans la nuit pour rendre compte des positions de la 7e puissance mondiale sur la déforestation ou la catastrophe naturelle de Mariana, dans le Sud-Est du pays en novembre. « Cette expérience, c’est quelque chose d’unique. En cours, on voit la théorie des relations internationales, mais là on voit comment les choses se déroulent en vrai ! » Et d’avouer qu’elle ne s’était pas forcément imaginée des négociations internationales comme cela. « Je pensais que c’était des négociations fermées, closes et en fait, il y a aussi beaucoup de choses qui se déroulent dans les couloirs, entre deux portes », révèle-t-elle dans un français impeccable. Quant à l’issue des tractations de cette COP21, Caroline s’avoue optimiste. « Par rapport à l’échec de Copenhague en 2009, on sent que les délégations sont plus concernées, sans doute parce que l’urgence est aussi plus grande », estime la jeune femme.

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Jennifer Ramirez, l’écologie comme vecteur pour plus d’égalité

Engagée dans un Master 2 en expertise des territoires à Paris 8, Jennifer a elle un profil légèrement différent des autres. Affectée au pavillon France, son rôle sur cette COP21 est de « sensibiliser les différentes délégations au projet de la Seine-Saint-Denis autour de l’environnement et notamment à l’insertion des communautés les plus vulnérables ». Bonne connaisseuse des thématiques du développement durable, la jeune femme de 26 ans est en effet persuadée que la transition écologique est une occasion pour réduire les inégalités socio-économiques dans un territoire aussi contrasté que la Seine-Saint-Denis. « Les transports en commun, la lutte contre la précarité énergétique dans le logement, le développement des emplois verts sont des bons leviers d’action pour diminuer la fragilité du tissu social en Seine-Saint-Denis », insiste cette Colombienne née à Bogota, mais qui parle un français parfait. Parmi les délégations approchées, l’étudiante cite les ONG et certains pays comme le Sénégal et le Congo parmi les plus intéressés par sa démarche. Sur le résultat de la COP21, Jennifer se veut ambitieuse. « J’attends vraiment un engagement de la part de pays développés comme la Chine et les Etats-Unis, et un changement de position du Canada (qui était sorti du protocole de Kyoto, ndlr)". Et la Colombienne estimait que « les choses sont bien parties ».

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Zakaria Bouatir, avec le Maroc, à cheval entre la COP21 et la COP22

A 21 ans, Zakaria profite à fond de son expérience à la COP21 pour se perfectionner dans un domaine qui le fascine : les relations internationales. Franco-marocain, ce jeune étudiant en 3e année de sciences po à Paris-8 a été aiguillé vers la délégation du Maroc, lui qui parle l’arabe littéraire et dialectal. Une affectation dont Zakaria se dit ravi puisque ce pays, en plus de faire partie des 150 délégations présentes lors de ce sommet climat, commence déjà à préparer activement la COP22, qu’il accueillera l’année prochaine à Marrakech. Après une première journée marquée par l’accueil du roi du Maroc Mohammed VI, Zakaria vit un mardi plus paisible où il reçoit les conseils de son tuteur, Tudor Alexis, diplomate au quai d’Orsay. « La première chose que j’essaie de leur faire passer, c’est une exigence de professionnalisme. Dans le monde du travail, il faut être présentable, ponctuel, avoir le sens des responsabilités, et dans celui de la diplomatie encore davantage », explique cet agent de liaison, qui a mis entre parenthèse son activité de diplomate à l’ambassade de France à Rabat le temps de la COP. Attentif, Zakaria l’écoute pour engranger un maximum d’informations. Sur l’issue de la conférence, le jeune homme n’est pas du genre à verser dans l’optimisme béat. « Les associatifs et les ONG nous disent qu’il faudra faire encore plus d’efforts pour parvenir à un accord, et j’ai tendance à les croire. Par exemple, c’est actuellement compliqué pour des pays en développement d’allier une amélioration du niveau de leur population avec les exigences en matière d’écologie. C’est tout l’enjeu de cette COP ».

Christophe Lehousse

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