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Créateurs de nos quartiers

Monter leur propre entreprise est leur rêve. Mais un rêve longtemps refoulé, car considéré, par les autres ou elles-mêmes, comme inaccessible. Au sein du Groupement des créateurs de Seine-Saint-Denis, elles ont trouvé l’accompagnement, la confiance et la solidarité nécessaires pour se lancer.

L’une partage une information sur l’existence d’une aide régionale pour la réalisation des études de faisabilité. L’autre signale la possibilité de se former grâce à la Chambre des métiers et de l’artisanat. Amené en plusieurs exemplaires par une participante, une affichette sur un concours à venir passe de mains en mains, avant que ne s’échangent les cartes de visite. Chaque premier vendredi du mois, elles sont ainsi une dizaine de femmes, et quelques hommes, à se réunir à la maison de l’emploi de Pantin, pour parler de leurs difficultés, s’encourager, s’entraider et surmonter ainsi, collectivement, les problèmes et la solitude du créateur et de la créatrice d’entreprise.

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« pour ces publics, la création est dévalorisée »
Toutes et tous veulent en effet devenir entrepreneur(e). Plus ou moins avancés selon les cas, leurs projets bénéficient d’un accompagnement via le Groupement des créateurs de Seine-Saint-Denis, un dispositif mis en place en 2008 par l’association Mode d’emploi et soutenu par le Conseil général, qui vise à favoriser la création d’activité par des personnes éloignées de l’emploi.
« Il a été imaginé par un directeur d’une mission locale, précise Lucie Barrault, sa coordinatrice, qui en avait marre de proposer des postes de caristes ou de vendeurs ne correspondant pas aux attentes des jeunes. Beaucoup voulaient se lancer, mais n’étaient pas entendus car, pour ces publics-là, la création d’entreprise est beaucoup dévalorisée. »
À tous ceux qui ont une idée, l’association propose un accompagnement pour l’approfondir, mais aussi pour apprendre à mieux se connaître, identifier ses compétences ou les freins existants, se poser les bonnes questions. Les plus motivés passent ensuite le Diplôme universitaire de créateurs d’activités à l’IUT de Paris 13 – Saint-Denis, où leur sont enseignés le droit des contrats, la fiscalité, la comptabilité, des techniques de vente, etc. Et désormais, les personnes peuvent également se retrouver entre elles, au sein du club des créateurs, le premier vendredi de chaque mois.

Des projets à haute valeur ajoutée
« Il y a beaucoup d’aides mais encore faut-il trouver le bon conseiller, car nous mettons les œufs, mais nous ne savons pas forcément comment tourner pour faire prendre la mayonnaise, témoigne Naomie, une des jeunes femmes accompagnée par l’association. J’ai rencontré Chahrazed [l’animatrice du Groupe] par hasard. Je lui ai parlé de mon projet et elle m’a dit "Fonce !". »
La jeune femme a trouvé également de l’aide auprès d’Inser’Eco (qui fédère les structures d’insertion par l’activité économique), a rencontré la Région, Garances (une structure de financement) et un incubateur. Il faut dire que son projet a de quoi séduire. Ancienne conseillère d’insertion, la jeune femme souhaite en effet surfer sur la mode des food-truck, ces camions proposant de la nourriture à emporter, pour en ouvrir un tenu par des personnes en insertion professionnelle, et ce avec des matières premières bio et en provenance de circuits courts. Une valeur ajoutée solidaire et écologique que l’on retrouve dans nombre de projets.

De multiples difficultés...
Malgré leurs qualités, les faire aboutir nécessitera cependant encore de surmonter des difficultés, telle que des démarches administratives souvent complexes, des interlocuteurs décourageants, parfois au sein même de l’entourage et, surtout, la recherche de financement. « On m’a dit que si je n’avais pas au moins 150 000 euros, je n’y arriverais pas, explique Murielle. Mais j’ai une expérience professionnelle qui vaut plus que ce que j’ai en apport ! ».
Âgée d’une quarantaine d’années et ayant une longue expérience dans la restauration, après être sortie de l’école hôtelière, la femme voudrait monter sa propre crêperie mais se heurte pour le moment au coût que constitue le local. « Je suis soutenue par ma famille et mes amis qui me disent de foncer, que l’argent ça se trouve et qu’il faut y croire. Mais mon mari, ça ne l’arrange pas..., ajoute-t-elle. Il veut bien que je gagne de l’argent, mais pas que je sois trop souvent absente. Mais j’ai déjà donné 20 ans de ma vie aux autres et je ne me vois plus le refaire. Quand on a travaillé, acquis des compétences, on se dit à un moment qu’on est capable de faire aussi bien que les autres. Je ne gagnerai pas forcément mieux ma vie, mais je la vivrais mieux. »

… mais une motivation exceptionnelle
C’est pourquoi aucune ne se laisse décourager. Il faut dire que, pour certaines, c’est presque une question de survie. C’est le cas par exemple de Lucie, atteinte d’une maladie orpheline douloureuse chronique qui l’empêche d’occuper un poste classique. « Me mettre à mon compte est la seule façon pour moi de travailler », précise-t-elle, avant de critiquer le peu de prise en compte du handicap dans les dispositifs de droit commun du travail et de la formation.
Ces femmes avancent donc, sans rechigner à la peine, n’hésitant pas, comme Samia, qui a créé une entreprise de nettoyage sans disposer de local, à transporter de chez elle les seaux d’eau nécessaires à son activité. « Ce n’est pas facile, confie-t-elle. Mais j’y crois. J’ai cette force, cette étoile au-dessus de moi ». « Elle brille, elle est là », lui répond aussitôt Naomie.

Stéphanie Coye

Un guide pour vous aider dans vos démarches
Vous avez une idée de création d’entreprise ? Pour vous informer, vous accompagner et vous financer, des structures existent. Pour mieux les faire connaître et vous orienter, un guide pratique co-édité par la Chambre de commerce et d’industrie, le Conseil général et la Chambre de Métiers et de l’Artisanat est réactualisé régulièrement et disponible à l’adresse suivante :https://www.seine-saint-denis.fr/Guide-de-la-creation-d-entreprise.html

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