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Chili con Montreuil

Le 20 avril, cinq jeunes de Montreuil partiront à l’assaut d’un volcan au Chili, dans le sillage de l’explorateur Charles Hedrich. Un projet qui vise à la fois à les sensibiliser à l’environnement, à les remotiver et à leur proposer des solutions d’insertion professionnelle.

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Le compte à rebours est lancé. Dans quelques semaines, Faudel, Haroun, Soukassou, Guy et Marvin partiront à l’assaut du Licancabur, un volcan chilien à la frontière avec la Bolivie, qui culmine à 5920 mètres d’altitude. A la conquête des cimes et aussi un peu à la reconquête d’eux-mêmes. Car pour ces 5 jeunes du quartier Bel Air-Grands Pêchers à Montreuil, âgés entre 16 et 17 ans, la vie s’est parfois montrée comme la cordillère des Andes : avec quelques hauts et quelques bas.

« Nous souhaitions proposer un projet concret à quelques jeunes sortis du système scolaire et les relancer par une initiative qui présente 3 facettes : défi d’aventure, environnement et insertion », explique Djamel Bouda, éducateur à la maison de quartier Bel Air-Grands Pêchers.

Le service municipal de la jeunesse de Montreuil a donc fait appel à l’association « Respectons la terre », fondée par l’explorateur français Charles Hedrich. A la croisée entre un Steve Fossett et un Nicolas Hulot, cet aventurier de 57 ans, toujours sur le qui-vive, s’est notamment fait connaître pour son record de traversée de l’Atlantique à la rame.

Depuis 2012, la collaboration entre Montreuil et « Respectons la terre » a déjà débouché sur deux expéditions, qui ont mené des collégiens sur le Mont-Blanc et d’autres sur les Dômes de Miage, également dans les Alpes françaises.
Alors, quand Charles Hedrich a annoncé cette année qu’il avait comme objectif d’établir un nouveau record de traversée du désert de l’Atacama, les deux parties ont décidé de rechausser les baskets de randonnée.
Pendant que l’aventurier lyonnais s’élancera dans sa folle aventure avec Sylvain Bazin le 2 avril prochain, les 5 jeunes de Montreuil, encadrés par les guides expérimentés Bernard Müller et Nelson Hedrich, le fils de Charles, s’élanceront eux le 20 avril à l’assaut du Licancabur, un peu plus à l’est du désert de l’Atacama.

Depuis, tous les mercredis, c’est donc réunion au sommet entre Charles Hedrich et la bande des cinq pour évoquer différents aspects de l’initiative.
« Je participe volontiers à la préparation de leur projet, témoigne l’explorateur qui sait pertinemment que l’insertion professionnelle est intimement liée à la confiance en soi. « Avant de me spécialiser dans l’aventure, j’avais une société de recrutement et je sais donc très bien comment ça marche. Dans les entretiens arrive très vite la question : « que savez-vous faire ? » Là, ils seront capables de parler de leur expédition, ils pourront donc se différencier et montrer qu’ils sont allés au bout d’un projet qui nécessite du physique, de l’organisation et du mental. »

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Ce mercredi par exemple, la petite équipe a rendez-vous au centre Arthur-Ashe de Montreuil pour y travailler sa condition physique. Au programme : des parties de squash pour faire monter le rythme cardiaque. Car même pour cinq solides gaillards, un sommet à 5920 mètres, ça ne s’improvise pas.
« Et puis, ça n’est pas qu’une question de physique, fait remarquer Soukassou, 17 ans. Il y a aussi un côté mental dans ce voyage. Moi, on m’a proposé cette ascension comme un défi et je la fais pour montrer ce que je vaux. »

A côté de l’aspect physique, la préparation des cinq aventuriers en herbe comporte aussi un volet développement durable. « J’essaie de les sensibiliser à la préservation de l’environnement, même si je sais que ce n’est pas leur préoccupation première, témoigne Charles Hedrich. Cet aventurier de l’extrême a toutefois une botte secrète : « Il n’y a rien de mieux que les exemples concrets. Ainsi, quand je leur montre le film que j’ai fait avec Arnaud Tortel lors de notre passage par le Pôle Nord et qu’ils voient la banquise en train de fondre, ils comprennent bien ce que veut ça dire, le réchauffement climatique. »

Haroun a ainsi déjà retenu quelques enseignements : « On est au courant de certains problèmes d’environnement qu’il y a là-bas, au Chili. La couche d’ozone est déchirée en raison de la pollution et laisse du coup passer les rayons ultraviolets. Il faut qu’on protège notre planète »

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L’éducateur Djamel Bouda
Et puis, comme ce voyage doit idéalement fonctionner comme un tremplin pour ces cinq jeunes, il y a la partie insertion. De concert avec des responsables d’ERDF et la marque Carrefour, partenaires de l’opération, les cinq jeunes préparent déjà l’après, qui peut se traduire par une formation, soit, pour les plus jeunes, par un retour vers le système scolaire.
Haroun, intéressé par les métiers du sport, a ainsi déjà commencé un stage de coach sportif au centre Arthur-Ashe. Et deux autres jeunes, intéressés par les récits de gens actuellement en alternance chez ERDF, ont déposé leur CV auprès des responsables de l’entreprise.
« L’idée, c’est aussi de leur montrer qu’ils sont capables de faire des choses, insiste l’éducateur Djamel Bouda. Souvent, il s’agit de jeunes qui ont une image assez négative du système scolaire et même d’eux-mêmes. Mais là, le fait d’être acteurs peut leur redonner confiance. »

Après deux semaines d’effort, tout ce petit monde se retrouvera ensuite dans une vallée chilienne avec Charles Hedrich, avec le goût de l’effort imprimé dans les jambes et des paysages à couper le souffle dans les rétines.

Christophe Lehousse

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Charles Hedrich : « La beauté des paysages favorise la prise de conscience environnementale »

La traversée de l’Atlantique à la rame ou l’ascension de l’Everest par la voie tibétaine sont quelques-uns de ses faits d’armes. A 57 ans, ce passionné de l’effort physique et des grands espaces ne songe pas à poser son paquetage. Le 2 avril, il s’embarquera avec son complice Sylvain Bazin dans une première : la traversée, en autonomie totale, du désert de l’Atacama. Puis enchaînera fin juillet avec la deuxième tranche de son passage du Nord-Ouest à la rame. Interview.

Qu’est-ce qui vous a donné la bougeotte à ce point ?

« J’ai commencé comme officier de marine marchande, donc la bougeotte, on va dire que je l’avais dès le départ. Mais pour ce qui est de mon profil d’aventurier, je dirais qu’il est un peu atypique. Je suis venu à l’aventure par le sport et la compétition. Jeune, je voulais faire du tennis mais très vite, j’ai vu que je n’étais pas assez doué pour le haut niveau. Mais en expédition, en revanche, là j’ai vu que j’avais des prédispositions d’endurance, de motivation et de rusticité. Ainsi, je suis capable de dormir beaucoup ou très peu, de perdre 20 kilos, d’en reprendre 25, de vivre dans des températures très froides ou très chaudes. Un exemple, lors de mon passage du Nord-Ouest, les Inuits que je croisais me demandaient comment je faisais pour vivre dans mon bateau de 1 mètre carré. Et pourtant, les Inuits, la vie dure, ils connaissent... »

Quelles sont les difficultés de votre prochaine traversée de l’Atacama ?

« C’est long et c’est aride. En fait, l’Atacama est le désert le plus sec au monde. Quillagua, un des rares villages que l’on va traverser n’a pas vu de goutte d’eau depuis 22 ans. On part donc le 2 avril pour 1400 km de Tacna au Pérou à Rio Potro au Chili, que l’on veut accomplir en 35 jours. Tout ce dont on a besoin pour survivre sera dans une remorque de 140 kg que l’on tirera. On a prévu 1 kilo par jour et par personne pour la nourriture et 4 litres d’eau douce par jour. On recyclera aussi nos urines. »

Il y a donc une ambition record ?

« Oui bien sûr. La traversée de ce désert en autonomie totale n’a jamais été réalisée. D’ailleurs on a rallongé notre parcours de 400 km parce que les limites du désert sont sujettes à débat. Le Guiness Book des records exigeait ainsi qu’on parte du 18e parallèle, donc au final, c’est ce que l’on fera. »

Pourquoi intervenez-vous ainsi auprès de jeunes ?

« Parce que j’ai toujours bien aimé entraîner des jeunes ou échanger avec eux. Là, je leur présente mes expéditions et je les initie aussi un peu à l’aspect développement durable. Evidemment, ce n’est pas la première de leurs préoccupations, mais ça ne l’était pas non plus pour moi quand j’ai commencé le sport d’aventure. C’est une prise de conscience qui est venue chez moi en étant au contact de la nature, des éléments. La beauté des paysages, ça favorise forcément la prise de conscience de la fragilité de notre monde. Une fois qu’on a vu des oasis polluées par des métaux lourds ou une banquise qui fond, je vous assure qu’on se sent forcément concerné. Et j’espère que pour eux, ce sera pareil. En tout cas, ils reviendront forcément transformés d’un tel voyage. »

Propos recueillis par CL

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