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Avez-vous le profil solidaire ?

Ils créent de l’emploi. Ils s’attaquent aux inégalités sociales. Ils résistent mieux à la crise. Qui sont ces héros de l’ESS (économie sociale et solidaire) ? Un dossier réalisé par Isabelle Lopez.

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L’ESS is more

Tous les ans, en novembre, on fête l’Économie sociale et solidaire), un secteur qui regroupe l’ensemble des AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne), des SIAE (Structures d’insertion par l’activité économique) qui ont, pour certaines, participé aux chantiers des nouveaux collèges de Seine-Saint-Denis, des traiteurs (Baluchon à Romainville), des épiceries exotiques et équitables (Andines à Saint-Denis) ou bio (Popote-coop à Noisy-le-Sec), des clubs sportifs (parc d’équitation du Château Bleu à Tremblay-en-France), des associations de quartiers (Femmes solidaires à Stains), des ateliers de couture (La Main Fine à Saint-Denis) sans oublier les nombreuses associations qui travaillent à l’insertion des publics les plus éloignés de l’emploi.

Ou encore des sociétés coopératives dans le domaine de l’écoconception, du recyclage ou de la récupération, du design, de la communication, de la formation, comme Kialatok à La Courneuve.

Une très très grande famille… Tant et si bien qu’on a du mal à savoir parfois ce qu’est réellement l’ESS.Pour y voir plus clair, une loi-cadre adoptée le 21 juillet 2014 permet d’en préciser les contours. Pour faire partie de la grande famille de l’Économie sociale et solidaire, les entreprises doivent être utiles socialement, gérées démocratiquement, et leurs profits doivent être limités ou encadrés.

 Zoom sur le Grand Bouillon, Soli’mômes, Kialatok etc.

Avoir en bas de chez soi un lieu chaleureux, convivial, où on pourrait venir avec ses enfants, où les plus de 77 ans se sentiraient chez eux. Un endroit ouvert à tous, avec des happenings, des ateliers d’éveil musical, des produits bio. Marie, Guillaume, Mélanie et les autres en rêvaient… avant de se lancer.

Leur café culturel qui porte le nom de Grand Bouillon fait partie des 77 structures de l’ESS soutenues par le Conseil général depuis 2012. « Beaucoup de gens nous ont encouragés et ont voulu s’impliquer dans ce projet pour ce territoire ! » Pour finir les travaux, chacun est d’ailleurs venu donner un coup de main. « Des peintres, des menuisiers et des architectes ont participé. On a comptabilisé 1 900 heures de bénévolat. Certains nous ont donné des meubles, d’autres viennent faire des boutures de plantes. Entrer dans cette aventure rend les gens vivants, les anime. Ça fait plaisir ! » Et si l’ESS c’était ça… une économie en plein essor qui bouillonne, expérimente. Une économie inventive avec des valeurs, des idées. Et, surtout, du partage.

Les liens qui font du bien

Pourquoi par exemple le café culturel Grand Bouillon fait-il partie de l’économie sociale et solidaire ? D’abord parce qu’il est organisé en association loi 1901, comme 92 % des entreprises de l’ESS dans notre département. Ensuite parce qu’il peut prouver avoir une utilité sociale et culturelle. Il a tissé de multiples partenariats avec le CCAS (Centre communal d’action sociale) de sa ville, va proposer des ateliers en direction des ados, des seniors, pour promouvoir l’art numérique et la musique.
En choisissant de donner la priorité aux personnes et à l’emploi plutôt qu’au profit, de privilégier le local et la coopération entre acteurs plutôt que l’hyperconcurrence, l’ESS est-elle une filière d’avenir ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2007 et 2011, les effectifs salariés se sont envolés : + 12,7 % sur le territoire départemental contre + 2,1 % en Île-de-France, pour atteindre 31 543 salariés en 2011.

Valérie Malhouitre cofondatrice de Soli’mômes qui a aussi reçu le soutien du Conseil général, en est persuadée : « Pour moi l’économie sociale et solidaire est vraiment un levier de développement économique. Et c’est aux pouvoirs publics de s’en saisir. (…) On a créé la Scop (Société coopérative et participative) en 2012. Aujourd’hui on est neuf salariés. En 2015 nous doublerons notre effectif. »

Tout le monde veut croire à l’embellie. D’autant que l’ESS est en capacité d’innover. Avec sa crèche-mobile, Valérie Malhouitre a décroché les lauriers nationaux de la Fondation de France. Sa Scop E2S, intervient dans les quartiers, à Bondy et Montreuil, pour venir en aide aux mamans seules, le temps d’une formation, d’un entretien d’embauche, ou juste pour souffler. « On avait envie de prouver qu’on peut être acteur de changement au niveau économique comme au niveau local. Arrêter de subir et se dire qu’il y a des moyens de créer des entreprises, d’innover et d’entrer dans une économie de résistance. » D’ailleurs les Scop résistent mieux à la crise. À profil identique, leur espérance de vie est plus élevée qu’une entreprise classique.

L’innovation fait recette

De plus en plus de jeunes aspirent à faire partie de cette économie. La prestigieuse école de commerce HEC a ouvert son incubateur social au cœur des 4 000 à La Courneuve. Kevin Berkane, jeune diplômé d’HEC y a créé Kialatok : « Nous proposons lors d’ateliers de cuisine d’aborder de manière détendue des questions délicates que personne ne veut aborder : les faits religieux, les inégalités hommes/femmes, le handicap… »

De nouvelles formations où le monde de l’entreprise apprend à s’ouvrir aux autres tout en mettant la main à la pâte. Les animateurs-cuisiniers de Kialatok ont été recrutés grâce aux associations de quartier et à France Terre d’Asile. Ils ont la particularité de n’avoir aucun diplôme, d’être très éloignés de l’emploi et de venir du monde entier. Ils entameront le dialogue tout en partageant leur passion, la cuisine, avec les managers d’Adecco, La Poste, Saint-Gobain… autant d’entreprises qui ont signé des chartes en faveur de la diversité. Ce champ de l’Économie sociale et solidaire est particulièrement vaste et hétérogène jusque dans sa manière de se financer qui mêle subventions publiques, participation citoyenne (bénévolat et crowdfunding, voir article page suivante) et recettes propres.

Le succès de l’ESS tient tout autant aux services rendus qu’à la promesse qu’elle porte, celle d’une économie innovante dans l’intérêt du citoyen.

 Paroles d’entrepreneur-e-s solidaires

Créer de l’emploi local
«  En Seine-Saint-Denis, le secteur de l’insertion professionnelle est peu développé. C’est pour cela que j’ai eu envie de m’y engager en créant de l’emploi local. »
François Dechy, cofondateur de Baluchon.

Coopérer pour prospérer
« L’ESS est avant tout un statut juridique. Pour l’heure, nous sommes une association de loi 1901 mais on voudrait muter en coopérative, précisément en Scic (Société coopérative d’intérêt collectif), quand tout le monde sera prêt »
Marie Audoux, Le Grand Bouillon, Aubervilliers.

1 personne = 1 voix
« On a voulu expérimenter une nouvelle forme de gouvernance réellement démocratique. La Scop redonne une place à tous les salariés, quel que soit leur statut car une personne = une voix. » Valérie Malhouitre, Soli’mômes, Rosny-sous-Bois.

Hyper innovants
«  Les diplômés des grandes écoles ne veulent pas tous travailler pour un grand groupe ou pour une banque. C’est mon cas. Il faut savoir pourquoi on travaille et à quoi on contribue. Les entrepreneurs sociaux sont hyper innovants car ils essaient de faire beaucoup plus avec beaucoup moins. » Kevin Berkane, Kialatok, La Courneuve.

 Connaissez-vous le crowdfunding* ?

Quel est le point commun entre la maternité des Lilas, la Parade Métèque de Romainville à Pantin et le café culturel Grand Bouillon à Aubervilliers ? Vous… généreux donateurs qui avez cru au projet. Via les plateformes de crowdfunding vous avez même participé à leur financement. La maternité des Lilas a ainsi pu récolter les fonds nécessaires à sa campagne de soutien. La Parade Métèque a réuni la somme espérée en fédérant autour d’elle des gens de bonne volonté. Et Grand Bouillon à Aubervilliers a largement dépassé les 6 000 euros qu’il s’était fixés. Les 172 internautes (à l’heure où nous écrivons ces lignes) étaient invités dès son ouverture. Là, les euros investis furent changés en contrepartie bien gouleyante : boissons offertes et planches de charcuterie à déguster entre amis.
Mettre la main à la poche pour des projets qui ont du mal à voir le jour : l’idée est tellement séduisante que les plateformes de crowdfunding viennent de dépasser le million de contributeurs cet été. La finance participative a le vent en poupe !

*Kisskissbankbank, Bulb in Town, Hellomerci ou encore Arizuka soutiennent à leur façon l’économie sociale et solidaire avec leur site internet de financement participatif (en anglais crowdfunding).

150 Millions
C’est le chiffre d’affaires d’UTB. Cette Scop du bâtiment installée à Pantin depuis 1993 emploie 1 000 collaborateurs.

 Un diplome ESS

À l’université de Marne-la-Vallée, les étudiants peuvent préparer un master Management de l’insertion par l’Économie sociale et solidaire (MIESS). Un niveau bac+5, accessible aux titulaires d’une licence générale.

Un diplôme pour former les responsables de demain des régies de quartier, des chantiers d’insertion, des ESAT (Établissements et services d’aide par le travail, anciennement CAT), des associations intermédiaires, et plus largement des entreprises solidaires.

 Un appel à projet

En 2012, le Département a lancé un premier appel à projets ESS à titre expérimental et distingue 14 lauréats. L’année suivante, il a réceptionné 74 dossiers de candidatures. Parmi eux, 28 structures ont été soutenues par le Département.
Dynamiques, innovantes et socialement utiles, elles représentent aujourd’hui une force économique non négligeable, soit 316 emplois dont 205 postes à temps complet. En 2014, pas moins de 35 projets seront accompagnés.

 Une loi-cadre

Pour se voir reconnaître dans le champ de l’Économie sociale et solidaire, les entreprises doivent désormais justifier de la poursuite d’un objectif d’utilité sociale, d’une gouvernance démocratique ou participative définie par des statuts et d’une gestion au but lucratif limité ou encadré. Environ 200 000 associations, mutuelles, fondations ou coopératives correspondent à cette définition et sont reconnues par la loi comme relevant de l’ESS du fait de leurs statuts. La loi-cadre de juillet 2014 s’est également ouverte à une nouvelle catégorie d’acteurs : les sociétés commerciales qui doivent elles aussi respecter ces principes.

 Où trouver des aides ?

Deux dispositifs d’accompagnement sont plébiscités par les acteurs de l’ESS. Le Dispositif local d’accompagnement (DLA) géré par la FOL 93, aide les associations, Scop et Siae (structures d’insertion par l’activité économique) à développer leurs activités et pérenniser leurs emplois.

L’association Garances aide au financement de projets ESS. Elle propose différents outils dont un fonds de garantie bancaire, des prêts à taux zéro, des formations qui permettent de rassurer les banques et de partager les risques.

Soutenues par le Conseil général, ces structures se trouvent à Bobigny.
– Fédération des œuvres laïques (FOL 93) 119, rue Pierre-Sémard
(Tél. : 01 48 96 25 25).
– Garances, 191 avenue Paul-Vaillant-Couturier, dans les locaux de la Chambre de commerce
et d’industrie de Seine-Saint-Denis
(Tél. : 01 48 96 13 13).

 Et, pour continuer à naviguer en solidaire sur le web :

Un guide du créateur d’entreprise en ESS en Île-de-France

Un stage, un job dans l’ESS : www.vosvaleursfontcarriere.fr

Scoop sur les scop : 266 sociétés coopératives d’intérêt collectif sur www.les-scop.coop/sites/fr

Un lieu à découvrir : lacollecterie.org

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La Collecterie à Montreuil prend soin des objets brisés, délaissés ou déclassés. Ce collectif fera la une de notre magazine de novembre.

 Demandez le programme du Mois de l’ESS

Dans le cadre du Mois de l’ESS, le Département organise une journée sur le thème de « L’économie autrement : l’Économie sociale et solidaire, pour un nouveau développement en Seine-Saint-Denis. »

À cette occasion, Guy Hascoët restituera les résultats de sa mission d’accompagnement au développement de l’ESS en Seine-Saint-Denis. L’ancien secrétaire d’État à l’Économie solidaire abordera la question des Pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), un exemple de structuration de l’ESS. Lundi 24 novembre toute la journée au golf du parc départemental de La Poudrerie à Livry-Gargan.

Retrouvez toutes les manifestations organisées dans le cadre du Mois de l’ESS en Seine-Saint-Denis

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Autre exemple de réussite, Le Relais à Pantin. Transformé depuis le 15 décembre 2011 d’une association à une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, Le Relais Restauration est une Entreprise d’Insertion par l’activité économique dans le secteur de la restauration. Son projet est de permettre à des personnes en situation de difficultés d’insertion professionnelle de se former et de trouver un emploi par une prise de contact avec la réalité des métiers de la restauration. Le Relais est à la fois un lieu de restauration pour ses clients et un lieu de formation et d’insertion professionnelle pour ses stagiaires.

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