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« Apprenti, Aprendiz, Azubi », l’Europe à l’heure de l’alternance

Du 16 au 18 mars 2015, le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a accueilli des équipes pédagogiques espagnole et allemande venues s’intéresser au concept très français de l’apprentissage par alternance, dans le cadre d’un projet européen. Elles ont notamment visité le Centre de formation d’apprentis des métiers de la communication visuelle et du multimedia, à Bagnolet.

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Le curseur glisse avec facilité sur l’écran du vidéoprojecteur. Agathe Florentin, 23 ans et Jordan Venant, 21, étudiants en alternance au Centre de Formation d’Apprentis des métiers de la communication visuelle et du multimedia, à Bagnolet, sont en train de montrer, non sans fierté, leurs réalisations de première année de BTS (Brevet technique supérieur). Pour Jordan, il s’agit d’une application pour téléphones mobiles, pour Agathe d’une animation utilisable sur des sites d’actualité : le CFA de Bagnolet, installé au Campus de la Fonderie de l’Image, est en effet spécialisé dans les arts graphiques et les métiers du numérique.

La démonstration des deux apprentis suscite une question de l’Allemande Bianca Laukat, qui est aussitôt traduite par les interprètes.
En ce mercredi, l’assistance autour de la table du Campus de la Fonderie de l’Image est en effet très européenne : deux délégations, l’une de Badia del Vallès, en Catalogne, l’autre de Bitterfeld en Saxe-Anhalt sont venues se rendre compte par elles-mêmes de ce que veut dire l’apprentissage à la française et aussi transmettre leurs propres idées sur le sujet.

Ce projet européen, baptisé @ppor, a été mis en place par le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et inclut également le club d’entreprises FACE. Membre de la Fondation Agir Contre l’Exclusion, ce club a mobilisé des entreprises de son réseau pour organiser des visites d’entreprises afin de favoriser une orientation choisie de la part des collégiens. Il travaille aussi avec les entreprises pour faire évoluer leurs pratiques et favoriser l’intégration des jeunes par des immersions ou en préparant les jeunes à l’apprentissage.

« Le but est de comparer les systèmes de différents pays européens, de s’inspirer de ce qui marche ici et là pour renforcer l’apprentissage par alternance, qui est malheureusement encore trop peu développé en France et notamment en Seine-Saint-Denis », expose Sihame Sbai, cheffe de projets éducation et jeunesse au Conseil départemental.

En effet, au moment de choisir leur orientation, trop peu de bacheliers ou même d’élèves de 3e pensent à cette solution de l’alternance, qui a pourtant ses avantages. Par exemple une formation plus concrète et pragmatique, ainsi qu’une mise en contact plus précoce avec les exigences du monde de l’entreprise. Antoine Pierru, chef de projet e-learning, se fait ainsi le VRP de son centre de formation : « L’apprentissage reste malheureusement minoritaire en France alors que le taux d’emploi est au-delà des 50 % dans les six mois qui suivent le diplôme ».

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Ce constat a mené le Conseil départemental à construire ce projet européen, qui se double par ailleurs d’un objectif pédagogique : faire la promotion de l’alternance auprès d’élèves du collège Robert-Doisneau de Clichy-sous-Bois qui oublient trop souvent cette possibilité lors de leur orientation (voir encadré).

S’inspirer des pratiques de chacun

Concrètement, l’apprentissage repose sur l’alternance entre un temps de formation et un temps de travail en entreprise, avec laquelle l’étudiant est en contrat. Dès la première année, l’étudiant doit ainsi construire son projet professionnel en trouvant d’abord son entreprise tout en suivant les cours dispensés au CFA par des professionnels de sa discipline. Le dosage entre cours et travail est fixé par la loi : 1200 heures de formation sur 2 ans alors que côté entreprise, les jeunes salariés sont évidemment au régime des 35h. Le tout débouchera sur un diplôme de l’Education nationale ou un diplôme créé spécifiquement par le CFA et là encore reconnu par la formation classique.

Les preuves que ce système trop peu connu peut marcher, elles nous sont données en ce mercredi par les exemples de Jordan et Agathe. A 23 ans, cette dernière s’épanouit visiblement aussi bien dans son métier de webdesigneuse pour les sites Gamekult ou encore ZDNet que dans sa formation à Bagnolet. Pourtant, la vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour cette jeune étudiante qui avoue n’avoir jamais vraiment été enthousiasmée par le système scolaire classique. « Je n’ai jamais appris avec plaisir dans le système classique. C’était trop abstrait, trop théorique. Mais dès que je suis passée à quelque chose de plus pratique, j’ai adoré. Je dirais donc que les personnes à qui l’alternance va convenir sont des personnes motivées, ça oui, mais pas forcément par le système scolaire actuel. »

Ce n’est pas Jordan qui la contredira. Ce jeune homme qui a un temps cherché sa voie avant de travailler en alternance pour un portail d’actualités LGBT (lesbiens, gays, bi et trans) se dit comblé. Mais lui aussi insiste sur le fait que l’expérience en alternance ne saurait marcher qu’avec un ingrédient essentiel : l’envie. « L’une des difficultés de l’alternance, c’est qu’au début, cela peut être dur de trouver une entreprise. Pour ma première année en CAP, j’ai ainsi mis 4 ou 5 mois à trouver. Mais normalement, le centre de formation est là pour vous aider. C’est ce qu’il a fait dans mon cas. Une chose est sûre : il faut soi-même être très motivé, avoir soif d’apprendre »

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Les délégations allemande et espagnole écoutent attentivement. Certains prennent des notes, d’autres demandent un point d’éclaircissement.
Bianca Laukat s’étonne par exemple de ce que les étudiants soient envoyés en entreprise dès le début, sans même avoir les bases de la formation initiale. Réponse de Guillaume Amangoua, web-développeur et formateur au CFA : « les bases, ils les ont, parce que l’on s’assure lors des premiers mois qu’ils sont prêts à aller en entreprise. Et pour ceux qui ne les auraient pas, il existe des classes passerelles où est justement inculqué le B.A BA de la discipline souhaitée, dans notre cas le numérique ».

Côté espagnol, Salvador Avia, directeur des politiques sociales de la mairie de Badia del Vallès, située à quelque 20 km de Barcelone, se dit séduit, mais aussi un peu perplexe quant à la possibilité d’adapter ce système en Espagne.
« Ce système me paraît vraiment intéressant, mais un point suscite tout de même mon interrogation : en Espagne, nous avons actuellement un chômage des jeunes qui frise les 50 % et très peu d’entreprises embauchent. Je ne sais donc pas si ce système peut fonctionner en l’état en Espagne. Mais je retiens l’idée de travailler plus de concert avec le monde de l’entreprise, ce que nous essayons déjà de faire à l’échelle locale ».

A l’inverse, c’est au tour des formateurs français de dresser leurs oreilles quand Ina Butz expose le système duel allemand.
Outre-Rhin, l’alternance est en effet encore plus développée qu’en France. « A 16 ans, il est possible en Allemagne d’achever sa scolarité par un baccalauréat anticipé (Realschulabschluss). De là, on passe ensuite dans un système duel qui permet durant 3 ans d’alterner entre école des métiers et entreprise. Ceux qui souhaitent poursuivre dans la voie générale le peuvent et passent ensuite le bac à 19 ans »
Pour éviter un effet « Lost in translation », les formateurs français pourront eux aussi passer de la théorie à la pratique en se rendant sur place en juin prochain, leur première étape étant l’Espagne.

Christophe Lehousse

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Expérience « alternance » au collège Robert-Doisneau de Clichy-sous-Bois

Mettre en avant l’apprentissage ou tout du moins rappeler que cette possibilité existe. C’est l’objectif du dispositif mis en place cette année entre le collège Robert-Doisneau de Clichy-sous-Bois et le CFA des métiers de la communication visuelle et du multimedia de Bagnolet, tout cela sous l’égide du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.

« On a réfléchi à une solution qui permettrait à nos élèves de mieux visualiser les différentes voies de formation et aussi de découvrir une filière porteuse, celle du numérique », explique Fabien Audy, professeur de SVT d’une classe de 4e de Robert-Doisneau et référent de l’option Découverte Professionnelle (classes de 4e et 3e). Entre autres idées imaginées : un parrainage individualisé entre apprentis du CFA et les collégiens de cette classe. Ces 24 chanceux pourront ainsi profiter de l’expérience d’étudiants-apprentis qui pourront lever leurs doutes sur le fonctionnement de l’apprentissage ou satisfaire leur curiosité sur le numérique.

« L’idée dans ce parrainage, c’est de leur montrer ce qu’on peut faire à partir du digital tout en étant en apprentissage », témoigne Jordan Venant, l’un des parrains de l’initiative. « Et puis, pour ceux qui ne se sentent pas faits pour de longues études, cela les rassurera peut-être de voir que nous aussi, on a pu passer par des moments difficiles en cours. Il faut leur rappeler qu’il existe d’autres moyens de s’exprimer, de se former et d’acquérir des responsabilités »

Des parrainages pour répondre aux questions

Après une première prise de contact, la prochaine rencontre aura lieu au Campus de la Fonderie de l’Image où les collégiens seront reçus le 7 mai pour une journée complète. Accompagnés par leurs parrains, ils pourront se rendre compte des différentes disciplines proposées – webdesign, codage, arts graphiques, animation - et passer directement à la pratique en fabriquant une interface ou un jeu vidéo. Avant de revenir au CFA du 25 au 27 juin pour y assister au jury de 1ère année BTS de leurs parrains respectifs.
Pour Fabien Audy, qui ira aussi s’inspirer de ce qui se fait sur ce chapitre en Allemagne et en Espagne, le plus important dans tout cela est d’élargir la palette de l’orientation des élèves. « C’est primordial de créer du désir, des rêves chez nos élèves. Dans nos parcours, on a tous fait des rencontres qui nous ont fait avancer. Et puis, il faut aussi donner un réseau à ceux qui n’en ont pas, leur montrer qu’ils ont tous une chance de réussir. »

Dans le même temps, l’association L’Astrée interviendra de manière ludique au collège pour recueillir les impressions des élèves sur le monde de l’entreprise. « S’enquérir de la vision qu’ont les élèves du monde de l’entreprise est important car cela permet d’ajuster les attentes des uns et des autres. Il arrive encore trop souvent que le contrat d’apprentissage soit rompu parce qu’il y a eu une mésentente au départ. », argumente Antoine Pierru, du CFA de Bagnolet.

Ainsi, au moment de leur orientation, ces élèves de 4e auront peut-être une vision plus claire de l’apprentissage. Cela fera une carte de plus dans leur jeu, qu’ils pourront évidemment choisir de jouer ou pas...

CL

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