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Antoinette Nana Djimou, taille patron

Restée fidèle depuis ses débuts au CA Montreuil 93, cette heptathlète a réussi à revalider son titre de championne d’Europe à Zurich. Souriante et détendue, la jeune femme de 29 ans rêve maintenant des Jeux de Rio, sans perdre de vue son autre passion, la mode. Portrait.

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Son rire résonne dans la salle couverte de l’INSEP. Tout de rose vêtue, Nana Djimou a aussi tendance à voir la vie dans cette couleur ces derniers temps. Son titre de championne d’Europe obtenu cet été à Zurich, son deuxième après celui de 2012, n’y est pas étranger. C’est qu’en Suisse, l’athlète du CA Montreuil 93 a livré une prestation de feu, auteure notamment d’un dernier 800 m de folie quand tout le monde la croyait battue.

« Je ne me suis pas affolée. Même si mon épreuve du javelot ne s’était pas super bien passée, je savais que je pouvais tenir les filles sur 800. Je savais que je m’étais bien entraînée, donc j’avais plus confiance en moi-même. Avant, j’avais peur, plus maintenant », affirme Nana Djimou.

Avant, c’était avant ce printemps, à l’époque où l’heptathlète était au creux de la vague. Son record aux Jeux de Londres (6e place) était loin, les entraînements n’étaient plus que ce qu’ils étaient. Et puis, là-dessus, la blessure. « A la mi-décembre, je me suis blessée au mollet en stage à l’Ile Maurice et j’ai connu plusieurs rechutes. A ce moment-là, je n’étais vraiment plus motivée. Quand j’ai été guérie, je me suis dit : il faut changer un truc. Je trouvais que les entraînements n’étaient plus assez durs. C’est là qu’on a mis en place la structure à quatre entraîneurs ».

Même si Nana Djimou se félicite de sa collaboration au long cours avec l’ancien décathlonien Sébastien Levicq, elle y met donc un terme en avril et la remplace par une structure d’entraînement à plusieurs têtes : Bruno Gajer pour le demi-fond, Hélène Bossé pour la hauteur, Sandra Lamrani pour les lancers et Renaud Longuèvre pour chapeauter tout ça. Un choix qui s’avérera très vite payant puisque quelques mois plus tard, la championne de 29 ans sera une nouvelle fois proclamée reine d’Europe.

A Zurich, Nana Djimou fête notamment son titre avec une autre fille made in Seine-Saint-Denis, Eloyse Lesueur (Saint-Denis Emotion), qui renouvelle quant à elle son titre de championne d’Europe à la longueur. Les deux filles se connaissent par cœur, elles qui font chambre commune sur les compétitions internationales. « Avec Eloyse, on n’arrête pas de faire les folles, sourit d’ailleurs Nana Djimou. On sait que si l’une de nous a commencé sa compet’ avant, l’autre ne va pas la gêner. A Zurich, je lui ai dit : « si tu ne ramènes pas de médaille, tu dors dehors ». C’est une fille sensible et gentille. On s’entend vraiment bien ».

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A Zurich c’est sûr, entre deux tours d’honneur, Nana Djimou a dû repenser à ses débuts dans l’athlétisme à l’âge de 13 ans, peu de temps après son arrivée en France, elle la native de Douala, au Cameroun. A ses premières lignes droites aussi sur le stade Jean-Delbert du CA Montreuil 93. « Au départ, on m’a conseillé de faire du 200 m. Mais moi en compétition, je voulais faire toutes les épreuves et ce n’était pas possible parce que certaines se déroulaient en même temps. Du coup, j’ai commencé l’heptathlon et ça m’a tout de suite plu », se souvient-elle. La Seine-Saint-Denis, elle la traverse désormais pour aller voir ses parents, installés à Drancy.

Remise en selle, l’athlète veut maintenant poursuivre jusqu’aux Jeux de Rio, son grand objectif . « Là, je ne m’entraîne que pour ça, c’est vraiment ce que je vise. Et après, peut-être que j’arrête », glisse-t-elle dans un sourire. Et ce n’est pas sa récente blessure au Décastar de Talence qui l’en empêchera.

En dehors de l’athlé, la jeune femme a en effet une autre grande passion : la mode. Depuis 2012, elle se forme en horaires aménagés dans une école spécialisée, Formamod, installée dans l’est parisien. « Ca me plaît énormément. Là, je suis en train d’apprendre comment on fait un patron. Le but après ma carrière, c’est de travailler chez un couturier et pourquoi pas de créer ma propre marque ». Mine de rien, Nana Djimou s’est déjà fait la main dans le domaine, organisant même un défilé en 2012 avec les athlètes de l’INSEP. « Au départ, j’avais peur, parce que les répétitions, c’était pas vraiment ça. Franchement, c’était pire qu’au bac. », pouffe-t-elle. « Mais tout s’est super bien passé. Maintenant, mon rêve, ce serait de pouvoir un jour dessiner la tenue des Bleus pour la cérémonie d’ouverture des Jeux ».
En attendant la collection été-hiver de Nana Djimou, la jeune femme peut déjà se targuer d’avoir un certain nombre de médailles dans sa garderobe.

Christophe Lehousse

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