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Accéder à la propriété au temps des Castors

Dans les années 1950 et jusque dans les années 1960, les Castors remontent leurs manches. L’objectif : construire leur propre maison en s’organisant collectivement. Une aventure humaine exigeante.

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Au journal de 20 heures, l’association des Castors de Noisy-le-Sec fait le buzz. On est en 1957. L’émotion est palpable au moment de la remise des clefs. Quatre années de sacrifices viennent de s’écouler. Quatre années consacrées à piocher, souder, peindre... difficile de réaliser qu’on est propriétaire le jour J. Mais le lotissement L’heureux-chez-soi composé de vingt pavillons est bien là et pour longtemps. Les images d’archives de l’INA immortalisent ce moment.

A Noisy-le-Sec, comme à Montreuil, Aulnay, Epinay, Gagny, Villepinte, Villemomble, Neuilly-Plaisance, Noisy-le-Grand, Bobigny et Drancy, les Castors n’ont que leur travail à offrir. Obtenir un crédit est déjà très difficile à l’époque. Sans apport financier, les banques ne leur prêtent pas d’argent. S’ils veulent devenir propriétaires, il leur faut s’organiser. Dès 1948, le Ministère de la reconstruction et de l’urbanisme les soutient dans cette aventure. En entrant chez les Castors, ils obtiennent des crédits, achètent directement des matériaux, embauchent des ouvriers du bâtiment. Certains se lancent dans du gros œuvre, notamment pour les maisons individuelles, mais la plupart interviennent au moment de la maçonnerie, de la plomberie, de l’électricité, ce qu’on appelle dans le bâtiment le second œuvre.

Face à l’intense crise du logement de l’après-guerre, les mal-logés qui se dirigent vers l’autoconstruction optent pour une aventure humaine très exigeante. En effet, pour faire partie du « castorat » il faut montrer patte blanche : avoir des ressources trop réduites pour adhérer à une société coopérative d’HLM, s’engager à faire preuve d’esprit coopératif et de solidarité vis-à-vis des autres adhérents, s’engager également à fournir un apport personnel de travail pendant toute la durée de la construction du groupe d’habitations.

Sur le chantier du Clair-Logis, à Montreuil, les soixante-dix-huit Castors s’engagent à consacrer quarante heures de travail par mois, réparties le soir et le week-end, et deux semaines de congés payés… auxquelles il faut rajouter une garde de nuit tous les trente-neuf jours. Deux années sont nécessaires pour voir s’achever les immeubles collectifs de deux ou trois niveaux imaginés dès 1949 rue Yves-Farge dans le quartier des Ruffins.

A ce rythme-là, la région parisienne compte 10 000 logements construits par des Castors dès 1959.

On trouve d’ailleurs toutes sortes d’habitats. Des maisons, F4 ou F5, pour loger toute leur famille avec un bout de jardin, histoire de cultiver ses légumes. Des lotissements de pavillons autoconstruits fleurissent : trente-sept maisons à Villemomble, quinze à Villepinte et quinze autres à Drancy… certains projets s’adossent à des immeubles collectifs comme à Bobigny ou à Neuilly-Plaisance.

A Montreuil, dans le quartier des Trois Communes, deux barres de 11 et 12 étages sont même construites par un groupe de Castors. Une performance inégalée à ce jour. 400 personnes y vivent toujours. Mais combien imaginent que des sapeurs-pompiers, des employés de banque et de la Sécurité sociale ont consacré leurs soirées, leurs week-ends et une grande partie de leurs vacances à construire ces murs ?

Isabelle Lopez

Si vous souhaitez découvrir l’oeuvre des Castors grandeur nature, rendez-vous le 30 juin pour une balade organisée par le Comité départemental de tourisme : http://www.tourisme93.com/visites/1716-5259-visvisite-d-un-habitat-participatif-a-montreuil-les-castors-.html

Allez on vous aide…
Tout l’été le jeu-concours De Visu vous propose de découvrir sous forme de jeux de pistes et de quiz le département. Si vous venez de lire cet article, la question n°12 n’aura plus aucun secret pour vous.

Des castors à la RATP
A Drancy rue de Stalingrad, ils construisent du semi-collectif et à Epinay ils érigent la cité Fernand-Flaujac. En Île-de-France, 55 chantiers collectifs sont menés à bien et 1396 logements construits par les Castors de la RATP. Une idée qu’on doit à Madame Bouchet, assistante sociale à la RATP et veuve du commandant Louis Bouchet, chef du groupe des résistants du métro fusillé à Vincennes le 21 août 1944.

Appel à témoignages
La mémoire des Castors se perd en Seine-Saint-Denis. Le service du Patrimoine culturel du Conseil général invite les Castors et leurs descendants à envoyer s’ils le souhaitent photos, documents d’époque, et plans de construction aux Archives départementales (écrivez à Benoit Pouvreau bpouvreau@cg93.fr) ou bien aux archives de leur ville.
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La reine des Castors
Jeannine habite l’allée des Castors à Aulnay-sous-Bois. A 86 ans, elle est l’une des dernières Castors du lotissement : « La parcelle fait 358 m2. C’est le seul F4 qui n’est pas jumelé. On a mis 25 ans à la payer. Au début la moitié de la paye de mon mari y passait. Avant cette maison, nous avons habité onze ans chez ma belle-mère, il n’y avait pas de salle de bain, les toilettes étaient dans le jardin. Quand je suis arrivée ici, pour moi c’était un palais. Et j’en étais la reine. » Le tout-à-l’égout est arrivé tout de suite. L’eau par contre, il a fallu attendre, il y avait une fontaine avec une manivelle. « Mon mari avait installé des tonneaux pour récupérer l’eau de pluie pour se laver et faire la lessive. Si vous saviez comme on avait une peau douce avec cette eau de pluie. » C’est avec nostalgie que Jeannine se souvient de ces années Castors : « Au moment de la construction, le dimanche des fois après le déjeuner, je venais tenir compagnie à mon mari avec les filles pour pas qu’il soit tout seul. Il y a passé tous ses samedis, ses dimanches, 140 heures au total. C’était dur. Mais on se connaissait tous, on s’entraidait, c’était bien. » 

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