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« À table citoyens » !

Créée en 2012, cette association installée au sein de la cité Marcel Cachin de Romainville, entend favoriser l’emploi de proximité tout en privilégiant également le développement durable. Son offre-phare « Baluchon, mon dîner maison », qui consiste à livrer des plats cuisinés à des salariés d’entreprises, directement sur leur lieu de travail, est donc mise en oeuvre par 10 salariés dont 6 en parcours d’insertion. Le grand public peut également commander ses plats cuisinés sur www.baluchon.fr et les retirer directement à la cuisine de l’association.

D’autres engagements vont de pair : travailler avec des produits frais et de saison, et provenant d’agriculteurs locaux, comme le réseau « Marché sur l’eau » de Seine-et-Marne, dont les denrées sont acheminées via le canal de l’Ourcq. Les menus, déposés dans des frigos installés sur les 8 sites des entreprises partenaires (dont Mondial assistance à Bagnolet et UTB à Pantin), débutent à 6 euros 50. Des formules allant jusqu’à 5 personnes sont également proposées.

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Interview de François Dechy, cofondateur d’ « A table citoyens » :

« Créer de l’emploi local »

Installée au cœur de la cité Marcel-Cachin de Romainville, l’entreprise « A table citoyens » propose sous la marque Baluchon des plats cuisinés à destination de salariés, directement livrés sur leur lieu de travail via un système de frigos installés dans les entreprises partenaires du projet. Une initiative solidaire puisqu’elle emploie six salariés en insertion depuis novembre dernier. Interview de François Dechy, cofondateur de la structure.

Votre projet a-t-il dès le départ été pensé en termes d’insertion professionnelle ?
« Oui, bien sûr. C’est vraiment quelque chose qui me tenait à cœur. Pendant 10 ans, j’ai travaillé dans le secteur de la finance solidaire, qui consiste justement à accompagner et à financer des entreprises solidaires et d’insertion. J’ai eu à mon tour l’envie de passer de l’autre côté de la barrière en en faisant aussi profiter la Seine-Saint-Denis, un territoire où j’habitais mais sans vraiment m’y investir jusque-là. Quand je me suis aperçu qu’il s’agissait d’un département où le secteur de l’insertion était moins représenté qu’ailleurs (26 postes en entreprises d’insertion pour 10 000 demandeurs d’emploi, contre 40 à l’échelle nationale), j’ai eu envie de m’y engager et de créer de l’emploi local. »

Pourquoi avoir choisi la restauration ?
« D’une part, je voulais un domaine qui me plaise, où l’on puisse travailler avec de bons produits, cultivés localement. Ensuite, c’est évidemment un secteur porteur en termes d’emplois. Non seulement il est accessible pour des personnes en insertion, mais il existe aussi des débouchés à la sortie. Et le concept sur lequel nous nous sommes positionnés – qui fait intervenir des processus de conditionnement, l’obligation de faire refroidir les plats pour les transporter – nous permet justement de former à la restauration collective. Autre avantage : les métiers auxquels nous pouvons former ont des journées continues et des temps pleins, ce qui joue aussi sur la qualité de l’emploi proposé. »

Les entreprises où vous installez vos frigos sont-elles faciles à convaincre ?
« Nous essayons de jouer sur deux dimensions pour convaincre : d’une part, avoir sur place un système de livraison de plats cuisinés est un service qui facilite la vie des salariés de ces entreprises. Et d’autre part, cela leur permet aussi de contribuer au développement des territoires sur lesquels elles sont implantées. Pour des raisons de qualifications ou de réseaux, le nombre d’habitants de Seine-Saint-Denis employés par les grandes entreprises installées sur le département n’est finalement pas si important que cela. Là, ce système permet aux employés de ces entreprises de se montrer à la fois solidaires et de consommer local. »

Quelle est la prochaine étape dans votre développement ?
« Sans hésitation, asseoir notre modèle économique pour nous permettre d’avoir la performance sociale à laquelle nous prétendons. Cela passe par davantage de frigos déposés dans de nouvelles entreprises. Une étape importante de l’association va aussi être la sortie de sa première promotion de salariés en insertion. A cet égard, nous cherchons à nouer des partenariats avec des grandes entreprises de restauration collective, qui embaucheraient nos salariés en insertion à leur sortie d’A table citoyens. Les contacts que nous avons déjà eus nous ont permis de savoir précisément quelles étaient leurs attentes par rapport à de futurs agents de restauration collective. »

Qu’attendez-vous de la part des partenaires institutionnels en termes d’insertion ?
« Qu’ils s’impliquent encore plus pour l’insertion et la formation sur les territoires, en favorisant le développement des liens entre les structures d’insertion et l’entreprise. C’est déjà le cas, comme on a pu le voir avec le fort partenariat que nous avons noué avec la municipalité de Romainville. Baluchon a donné une seconde vie à l’ancienne cuisine centrale municipale et nous travaillons en étroite collaboration avec les équipes de la ville en charge de l’emploi, de l’insertion et du développement durable.

Propos recueillis par Christophe Lehousse

Portrait de Carinne, salariée de « A table citoyens »


À 37 ans, cette Romainvilloise est repartie du bon pied grâce à l’atelier chantier d’insertion « A table citoyens »

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« J’ai l’impression d’être devenue la reine du tiramisu ». Carinne a la voix gouailleuse et le mot pour rire. Le courage aussi de ceux qui s’accrochent. Cette salariée de l’entreprise solidaire « A table citoyens » le dit elle-même : elle se sent bien dans son nouveau travail. Depuis novembre dernier, à raison de 26 heures par semaine payées au SMIC horaire, cette Romainvilloise de 37 ans participe avec 5 autres salariés en parcours d’insertion au concept « Baluchon, mon dîner maison ». Le principe : préparer des plats cuisinés à destination de salariés d’entreprise que ceux-ci peuvent retirer directement sur leur lieu de travail.

Chaque matin, dans les anciennes cuisines de la ville de Romainville investies par l’entreprise, Carinne s’active donc aux fourneaux. Elle épluche, cuit, mijote, dore ou refroidit, tout cela sous le regard avisé du chef cuisinier, Abdel. Au menu : salade d’aubergines et pamplemousses, cabillaud sauce potiron et son soufflé aux carottes ou risotto aux cèpes. Tous ces plats, il faut les emballer et les empaqueter pour les faire arriver à bon port, sur les sites des différentes entreprises à livrer.

Toutes les trois semaines, des rendez-vous avec Xavier, le responsable formation qualité, viennent valider les progrès, les envies, les points qui sont encore à parfaire. « Evidemment, on ne sait pas encore tout faire, mais en seulement 5 mois, on a déjà beaucoup progressé », explique Carinne, pas peu fière.

Sa nouvelle situation, cette mère de deux enfants l’apprécie d’autant plus que la vie n’a pas toujours été aussi rose. Après être passée par beaucoup de boulots et avoir notamment tenu une boulangerie, Carinne a connu une période de creux. Allocataire du RSA, elle comptait les jours. « Quand vous êtes déconnecté du travail, vous êtes aussi un peu déconnecté de la vie. Quand on ne travaille plus, on perd aussi confiance en soi. Ceux qui qualifient les allocataires du RSA d’assistés ne savent rien de cette situation. »

Mais Carinne n’est pas du genre à ressasser : cette nouvelle opportunité, elle compte bien s’en servir comme d’un tremplin vers un emploi durable. « Avec ma formation ici, ce sera sûrement dans la restauration, dans des cantines, dans un réfectoire de société, je ne sais pas. En tout cas, j’aimerais un boulot qui me mette en contact avec les gens, parce que sinon, c’est d’un ennui mortel. »

D’ici sa sortie d’ « A table citoyens », en août prochain, Carinne a encore un peu le temps. Mais elle ne veut pas perdre une miette de sa formation. « J’aime apprendre de nouvelles choses, me sentir partie intégrante d’une équipe », explique « la reine du tiramisu ». Un mot qui en italien, veut justement dire : « qui remonte le moral ».

C.L.

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