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A Tremblay, un long week-end de baseball féminin

Le baseball, une affaire d’hommes ? Certainement pas. Le samedi 16 et dimanche 17 avril, le Tomcat Baseball club de Tremblay-en-France a organisé le tout premier tournoi 100% féminin dans l’histoire du baseball en France, en compagnie de deux autres clubs, les Storms de Lagny et les Korriganes de Vitré. Reportage.

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Un lancer, un bruit métallique, une course décidée. La balle, frappée par une joueuse des Korriganes, décrit un grand arc de cercle dans le ciel zébré de nuages de Tremblay. La batteuse, casquée, s’élance vers la première base. Mais sa course est interrompue nette par le geste d’une joueuse des Tomcat Girls qui bloque la balle dans son gant. « Bien joué ça », s’écrie Jef Labouze, le coach de l’équipe hôte de Tremblay. Balle arrêtée de volée égale batteuse éliminée. La partie s’achève sur ce geste technique : malgré celui-ci, les Tomcats s’inclinent tout de même 10-3 face aux Korriganes, une équipe venue spécialement de Vitré, en Bretagne, pour le tournoi.

Sur le banc, la fin de partie ne met pas pour autant un terme aux explications à destination des profanes. En effet, de la passion pour leur sport, ces filles en ont à revendre. Sans parler de leur fierté. « Il n’y a absolument aucune raison que les femmes ne puissent pas choisir le sport qu’elles souhaitent », explique ainsi Anne-Laure, arrivée chez les Tomcats à leur création, en 2012. « Pourquoi les hommes auraient-ils le choix entre baseball et softball quand les femmes devraient, elles, se contenter du softball ? », renchérit Hélène, elle aussi présente depuis les débuts de l’aventure et par ailleurs engagée dans la réalisation d’un documentaire parlant de l’émancipation de la femme à travers le sport.

La réglementation vient en effet de changer très récemment dans les textes de la Fédération : jusqu’en 2014, les femmes, parvenues à l’âge de 16 ans, ne pouvaient pratiquer en compétition que le softball, un dérivé plus doux du baseball (balle moins dure, distances raccourcies). Et même si la pratique mixte a été récemment autorisée au niveau régional, ces freins ont engendré un retard conséquent dans la constitution d’équipes féminines : en Ile-de-France, Tremblay est l’un des rares clubs à posséder une formation 100 % femmes, avec les Storms de Lagny-sur-Marne, également invitées sur le tournoi.

Une situation qui oblige des jeunes femmes plus que motivées à parcourir parfois des kilomètres pour pouvoir pratiquer leur sport préféré. Katia, domiciliée à Caen, n’hésite ainsi pas à rallier Tremblay à chaque match des Tomcat Girls. « Chez moi, il y a bien un club, mais nous ne sommes pour l’instant pas assez nombreuses, même si ça commence à frémir. Donc je m’entraîne en Normandie, mais je joue en compétition à Tremblay », explique cette étudiante en psychologie, tombée dedans après avoir vu un reportage sur le baseball. « On a encore des barrières à faire tomber, mais on est sur la bonne voie », renchérit Hélène. Un nom notamment revient beaucoup, dans toutes les bouches : celui de Mélissa Mayeux, 17 ans actuellement et première joueuse à avoir été sélectionnée en équipe de France de baseball 18U, en pratique mixte. « Il nous faut plus de référentes de ce style », insiste Katia.

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Passée de 5 joueuses en 2012 à 17 actuellement, l’équipe de Tremblay est elle aussi devenue une véritable locomotive dans la démocratisation du baseball féminin. En recrutant dès qu’elle le peut ou en organisant des actions de promotion du baseball au féminin comme ce grand tournoi, premier du genre. « L’idée, c’est d’arriver lentement mais sûrement à la constitution d’un championnat d’au minimum trois équipes », explique Jef Labouze, président enjoué des Tomcats de Tremblay, qui s’est fixé l’horizon 2017-2018 pour parvenir à ses fins. Et en Bretagne, le vent souffle dans le même sens puisque Frédéric Liminier rêve déjà du jour où il pourra coacher ses Korriganes - et parmi elles ses deux filles Chloé et Emma - en compétition officielle. Formation elle aussi très militante, l’équipe de Vitré possède pour l’instant 6 joueuses de baseball sur une soixantaine de licenciés et possède la particularité d’être également pilotée depuis le Québec par un fondu de la balle blanche, Denis Ouellet.

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Mais qu’elles soient de Tremblay, Lagny ou Vitré, toutes les filles avaient en ce week-end ensoleillé le même discours, la même passion, brodée sur leurs casquettes : baseball. « C’est vraiment un beau sport, physique et tactique à la fois. Et surtout, c’est un sport qui accepte tous les physiques : grande, petite, rapide ou lente : il y a de la place pour tout le monde », explique Pauline, joueuse des Barracudas de Montpellier et qui épaule cet après-midi les Korriganes de Vitré. « Il y a l’ambiance aussi : chaleureuse mais en même temps compétitive », complète Guylhan, jeune lycéenne de Sarcelles qui a découvert le club de Tremblay lors du festival Destination Manga en septembre dernier.

La preuve par l’image : juste après le match, les joueuses se congratulent et s’embrassent. On se tape dans les mains, on se félicite, on va caresser la douce bouille de l’ours en peluche Korye, la mascotte des Korrigans, avant que tout ce petit monde ne termine à la buvette autour d’un bon buffet. Pour la petite histoire, c’est finalement les Korriganes qui remporteront le tournoi le lendemain 12 à 5, dans un remake du match contre les Tomcat Girls. La nouvelle devrait faire le tour du monde, jusqu’à un certain Denis, dans sa cabane au Canada.

Christophe Lehousse

Les scores du tournoi :

finale : Tomcat Girls - Korriganes de Vitré : 5 -12

places 2e contre 3e- Tomcat Girls - Storms de Lagny 8 - 6

Tomcat Girls - Storms de Lagny 18 - 5

Korriganes de Vitré - Storms de Lagny 20 - 6

Tomcat Girls - Korriganes de Vitré : 3 - 10

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