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15 ans de journal de collège primés à Travail Langevin

Les élèves de Travail Langevin à Bagnolet ont reçu jeudi un prix de la Fondation Seligmann pour leur journal de collège, qui défend notamment la liberté d’expression et les valeurs citoyennes après les attentats de janvier et novembre 2015.

« Avec le club journal, on a le droit de s’exprimer, de dire ce qu’on veut. Et gagner cette récompense est pour moi une grande fierté. » Léa Carinini, élève de 6e du collège Travail Langevin de Bagnolet, sourit jusqu’aux oreilles. Elle et ses quelque 29 collègues qui collaborent régulièrement au journal « Parole de... » viennent de se voir remettre le prix de la fondation Seligmann. Récompensant chaque année plusieurs projets éducatifs portant les valeurs du vivre-ensemble, cette fondation, créée en souvenir de la résistante Françoise Seligmann, a aussi choisi de couronner la longévité d’une publication qui fête cette année ses 15 ans. Pas si fréquent pour un journal de collège…

De quoi impressionner jusqu’à Pierre Joxe, l’ancien ministre de l’Intérieur de François Mitterrand, venu remettre le prix au nom de la fondation. « Ce journal, c’est un bel objet, parce qu’à travers lui, vous apprenez à choisir ce qui vous paraît important et à vous exprimer en toute liberté. Car la presse est libre en France et c’est une chance, rappelez-vous en. », commente celui qui à 81 ans est toujours avocat spécialisé dans la défense de mineurs engagés dans des procédures judiciaires.

Le combat pour la liberté d’expression, le journal s’en fait aussi l’écho dans ses pages en revenant sur les attentats de janvier perpétrés au siège du journal satirique Charlie Hebdo (voir encadré). « Les attaques, aussi bien celles de janvier que de novembre dernier, ont profondément choqué nos élèves, qui ont spontanément manifesté la volonté d’en parler dans le journal », explique Pierre Levannier, professeur d’histoire-géographie qui pilote la publication - un biannuel - depuis 14 ans maintenant. « Après Charlie, nous avions fait venir une journaliste professionnelle. Elle a répondu aux questions des élèves qui portaient beaucoup sur la liberté d’expression, le délit ou non de blasphème et le traitement des médias. Ils ont aussi fait part de leurs craintes de certains amalgames entre terroristes et musulmans. »

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Un atelier tout à fait dans la lignée de « Nous sommes la République », un appel à projets lancé par le Conseil départemental après les attentats de janvier 2015. « Ce journal, c’est une belle illustration des valeurs que nous souhaitons porter, estimait Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, également présent aux côtés de Pierre Joxe jeudi. En défendant la liberté d’expression, la solidarité, le vivre-ensemble dans ses pages, cette publication est tout à fait dans l’esprit de cet appel de Nous sommes la République. »

Soucieux de porter les valeurs citoyennes, le collège Travail Langevin a innové cette année en lançant un autre atelier axé sur le débat, intitulé avec humour « Cours d’auto-défense intellectuelle ». « Il s’agit de transmettre aux élèves le goût du débat et la capacité d’argumenter », témoigne Laurent Kaufmann, principal adjoint de l’établissement. Animé par une parente d’élève active à l’université populaire de Bagnolet, cet atelier a déjà réuni élèves et adultes autour d’un débat sur les langues ou sur le film américain « The Great Debaters », l’histoire d’une université noire des années 30 qui bat les étudiants de Harvard dans un concours d’éloquence. A Travail Langevin, il y a en tout cas de la graine de « Great Journalists ».

Christophe Lehousse

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À la rescousse de la liberté d’expression

Riche d’une histoire de 25 numéros,« Parole de… » laisse libre cours à la pensée des élèves. Morceaux choisis.

« Le journal nous permet d’exprimer ce qu’on ressent. » explique Hoda, reporter en herbe. « Parole de… » a été fondé en 2001 sur l’initiative de Stoly Paschos, ancien principal adjoint, avec l’aide de la municipalité de Bagnolet. L’idée est de proposer aux élèves, par le biais du « Club Journal », un espace de libre expression. « Les élèves ont la liberté de traiter les sujets qu’ils veulent, confirme Pierre Levannier, professeur d’histoire-géographie, en charge du journal depuis 14 ans. C’est très rare que j’oriente leur choix. » Des sujets inspirés par les actualités du collège, par la vie de tous les jours, mais surtout par leur camarades, précise Hoda : « Je demande à mes copains de quoi ils voudraient qu’on parle, à partir de ça j’écris des articles. » Pour Cyrielle, élève en 4ème, il est important de traiter des sujets variés. « C’est important d’informer, comme ça les gens sont au courant de ce qui se passe au quotidien, dans la vie, dans le monde. Dans le prochain numéro, j’ai décidé de parler des SDF… Il ne faut pas les oublier ». On peut encore lire des articles sur les voyages scolaires, le tournoi de basket-ball du collège, la pauvreté en Afrique ou le gaspillage alimentaire.

En phase avec l’actualité

Après les événements tragiques du mois de novembre, les élèves ont ressenti le besoin de s’exprimer. Dans le numéro 25, Fatma revient ainsi sur la tuerie de Charlie Hebdo, et n’hésite pas à s’engager : « Les terroristes qui utilisent la religion comme justification de leurs crimes, ne sont que des lâches ». Dans cet article, elle fait également réagir ses camarades, comme Léa, élève de 6ème : « Je pense qu’il faut toujours défendre la liberté d’expression ». Tous condamnent ces actes, même si certains n’étaient pas en accord avec le journal satirique : « J’étais très en colère contre les caricatures de Charlie Hebdo… mais ce n’est pas pour autant que j’ai dit qu’il fallait les tuer. Dans aucune religion il n’est dit de tuer et personne n’a le droit de retirer la vie d’une autre personne » explique Haye. Au-delà d’être un espace de libre expression et d’information, le journal permet de renforcer la cohésion de l’ensemble de l’établissement mais aussi et surtout de donner confiance aux élèves : « Avec ma sœur, on est venues au club journal sur les conseils d’une copine de classe. Elle m’avait dit que c’était amusant, qu’on pouvait y écrire des articles pour partager nos centres d’intérêt. Et c’est vrai que c’est bien. Ça m’a par exemple permis de faire découvrir un manga que j’aime énormément, Fairy Tale » raconte Juliette. Le journal est tiré entre 700 et 900 exemplaires, et pour les plus curieux, il est désormais consultable sur internet (http://parolede.jimdo.com). Heureux de voir ses élèves une nouvelle fois récompensés – « Parole de… » a déjà reçu par quatre fois le Prix de l’association des palmes académiques - le professeur conclut : « Un dernier mot de remerciement pour les élèves, on fait ça avec eux, pour eux. C’est une satisfaction de les voir grandir, de les voir progresser, s’intéresser… »

Maëliss Orboin

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